Malheureusement vrai

Un très bon article de five years later sur la mère Houellebecq. La mère des particules élémentaires existe donc vraiment. Cette génération existe. Nous l'avons tous rencontrée. Sa concentration symbolique la plus sombre et la plus destructrice sort (enfin ?) de l'ombre. De la tombe où les tenants médiatiques, tous issus ou héritiers de cette idéologie nihiliste, l'avait soigneusement cachée. Incapable de transmettre quoi que ce soit, le chaînon manquant, au sens propre, cette incarnation de la rupture de la transmission. L'innocente, titre de son livre, est merveilleusement choisi. La génération innocente. Sans péché originel. Négatrice du patriarcat créateur. Sans héritage, point de repère, point de culpabilité fondatrice. Et finalement, point d'émancipation. Le nouveau monde comme prison d'un désir sans cesse excité, jamais satisfait, jamais transcendé. La fausse légitimité d'un désir à assouvir quoi qu'il en coûte, boite de pandore du narcissisme, de la solitude affective, de la misère sexuelle. La ringardisation consensuelle des fondamentaux civilisationnels, classés avec une dérision obscène comme fascistes, conservateurs, réactionnaires, machistes.
C'est toute l'oeuvre de Houellebecq d'avoir démontré toutes les conséquences de cela avec génie. Oh oui, c'est certain, que, du point de vue de cette génération (de ce qu'elle représente comme transformation), Michel Houellebecq est un raté. Il a en effet su résister avec courage pour préserver son individualité, pour dire ce qui n'allait pas, pour refuser ce matriarcat étatique englobant, cette guerre du désir, ce mirage du retour fusionnel, pour décrire ses effets, ses conséquences, ses ravages. Et surtout son idéologie. Son catéchisme. Son inquisition forcenée et permanente pour couvrir ses contradictions englobantes. Son eugénisme, finalement, visant à faire de tout à chacun le même dernier androgyne avec portable 3G, dégoulinant de morale primitive et de cannibalisme culturel, assoiffé de monstres préfabriqués à sacrifier. Ce n'est pas rien d'être quelqu'un quand on sort de ce monde-là. C'est quelque chose de rater tout ce projet-là. Micehl Houellebecq a raté l'innocence, il est devenu un homme, au (premier) sens biblique, c'est à dire conscient de lui-même, et des autres.
ADDENDUM : je précise, en allant à l'encontre des crétins analphabètes qui ont trouvé ses romans misogynes, et c'est mon point de désaccord majeur avec l'œuvre houellebecquienne, que je ne partage pas sa vision enthousiaste et salvatrice du rôle des femmes dans un meilleur monde possible
2 commentaires:
merci
je n'avais pas vu cet article du FIgaro
très bon post
continuez
vous allez bientôt rencontrer Houellebecq
(que j'admire énormément)
Salut,
la rencontre que tu décris entre les deux personnages (qui se parlent de tout et de rien, sans aller au delà du masque) me fait penser à un très beau texte d'Alain où il est question de politesse.
«Les coutumes de politesse sont bien puissantes sur nos pensées; et ce n'est pas un petit secours contre l'humeur et même contre le mal d'estomac si l'on mime la douceur, la bienveillance et la joie; ces mouvements, qui sont courbettes et sourires, ont cela de bon qu'ils rendent impossibles les mouvements opposés, de fureur, de défiance, de tristesse.»
Sommes-nous encore capables d'être polis ?
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