mardi 20 mai 2008

Au commencement était la fin



Ça y est. On y est. la fin de l'Histoire. Celle de Muray. Il l'avait vu venir. Il avait vu le stade terminal. La levée de l'interdit de l'inceste. Les faits sont là. Tout est prêt, désormais.

Pour qu'un fait devienne possible et se répande, comme je l'ai déjà écrit, il faut que sa possibilité s'inscrive au préalable dans les esprits. Il y a eu le combat contre le patriarcat au nom fallacieux de l'émancipation. La fin de la différence des âges : culte de la jeunesse, remise en question du rôle de parent, le jeune, puis l'enfant, considéré comme un acteur social au même titre qu'un adulte, adultes eux-mêmes qui ne veulent jamais en finir avec l'enfance, tant au niveau du corps que de l'esprit, en reniant toute volonté de responsabilité. La fin de la différence des sexes (parité, féminisme, redistribution des rôles, créations de la notion de "genres"). La fin du couple hétérosexuel (mariages en berne, mariage en miettes, mariages gays). De la famille (adoption des couples homosexuels, FIV de femmes célibataires). Il est désormais reconnu à ce titre qu'un enfant n'a plus besoin d'un père (le rôle de la mère est rarement remis en cause, ce qui est logique quand la fin du patriarcat aboutit fatalement (mais comme personne n'ose le reconnaitre) au matriarcat; le cas particulier du couple gay adoptant est validé comme minorité "opprimée" du patriarcat dans l'histoire (revisitée, mais qui s'intéresse encore à la réalité historique dans un contexte d'idéologie hystérique) ce qui dans ce sens fait office de passe-droit irrévocable) .

Ceci constitue non pas les causes (sauf pour la chute du patriarcat, patriarcat concomitant de l'interdit fondateur), mais des exemples pratiques des changements sociaux en cours, de la destruction pratique de tabous par la création de nouvelles lois.

Bien sûr aucune loi n'interdit l'inceste entre adultes (consentants). Entre adultes et mineurs n'ayant pas atteint sa majorité sexuelle, cela est considéré comme viol sur mineur avec circonstance aggravante (tout cela diffère évidemment selon les pays). L'interdit de l'inceste n'est pas reconnu par la loi. Heureusement. Car il est "la Loi qui fonde toutes les autres" (P. Muray). Le jour ou cette idée de légiférer spécifiquement sur le cas incestueux (crime à part) sera évoquée, on accèdera au stade où ce qui allait de soi aura besoin d'être expliqué : malaise dans la civilisation s'il en est. Ce jour est arrivé (1). Il peut paraître étrange de rejeter cette volonté de spécification du crime incestueux. C'est pourtant fondamental. C'était même évident jusqu'alors dans tous les pays, ce n'est plus le cas. Le crime incestueux était reconnu comme le pire (avec le parricide, d'ailleurs détrôné par l'infanticide) et par ses causes et conséquences mortifères (conduisant, par une intuition connue de tous, à une forme de néant) résonnait dans les âges et des les esprits comme une damnation. Légiférer, vouloir en faire un crime à part, conduit en fait à en faire un crime comme les autres, c'est à dire pénalement reconnu, pénalement condamnable (et je le répète, condamné à raison comme viol ou abus sur mineur aujourd'hui, qu'on ne me fasse pas dire l'inverse de ce que j'écris). On passe du Symbolique au législatif. Tout un symbole que ce glissement-là, justement. Le symbole d'une société, qui, voulant tout en prendre en charge, légifère dans tous les recoins et finalement égalise tout, tue le symbole, le range dans un tiroir avec les autres faits divers et crimes "terrestres".

Puis arrive le fait culturel qui remet en question cet interdit (interdit déjà évoqué maintes fois dans les arts, si ce n'est dans chaque œuvre d'art, MAIS avec les conséquences qui allaient avec, cf le destin d'Oedipe) à la différence évidente qu'il s'agit d'inceste entre adultes consentants. Qui interroge comme il est de bon ton de dire. On parle, comme l'écrit le monde : d'une réflexion sur la tolérance. Ainsi :

Kornel Mundruczo vient de réaliser son troisième film, Delta, en compétition au festival de Cannes. Le journal Le Monde >>> nous en parle en ces termes :

"En compétition, son troisième film, Delta, retrace une idylle entre un frère et sa soeur qui rencontrent les hostilités familiales et sociales. La femme (toujours incarnée par Orsi Toth) a un rôle crucial chez lui, et le lien frère-soeur était l'un des thèmes de Pleasant Days. "La femme porte tout ce qui m'intéresse chez l'être humain : le silence, la dépendance et la force. Mes films plongent dans un univers restreint, un microcosme. Dans Delta, je m'interroge sur l'essence de l'amour, ce sentiment que n'entame ni l'interdit ni la fatalité, cette perfection que n'abîme ni la dimension de l'échec ni le manque de perspective."

Histoire d'amour donc, mais aussi et surtout réflexion sur la tolérance : "Je montre une liberté qui ne respecte aucune loi, et qui risque donc beaucoup. Pour l'humanité, cette liberté-là a toujours été insupportable. Mais je ne veux pas la montrer comme une déviance. Les héroïnes déviantes m'intéressent moins que les gens vrais qui s'aiment sincèrement, contre les circonstances. Ils ne sont pas rebelles, ils osent être libres." Tourné sans maniérismes, en pleine nature sauvage, sur les bords d'un fleuve impétueux, Delta met en scène la construction d'une maison, refuge au sein d'un décor tellurique."


Et comme le précise F+ :

Bref, faut-il encore le rappeler, la liberté moderne n'est plus le champ de ce que l'on doit faire [soumission de son âme et de ses actes à la vertu ; discernement ; notion verticale], mais de ce que l'on peut faire [soumission de son âme et de son corps à tous ses désirs ; indistinction ; notion horizontale].

Il est en effet difficile d'expliquer en quoi l'inceste est anihilateur de l'individu, d'abord, de la civilisation, ensuite. Jusqu'ici, cela allait de soi, dans toutes les cultures, à toutes les époques. N'importe quelle tribu perdue (pour peu qu'elle soit sortie de l'animalité et, cela va ensemble, qu'elle possède un langage) du fin fond de la brousse "pratique" l'interdit de l'inceste. Difficile d'expliquer ce qui allait de soi depuis le commencement. L'interdit fondamental. La Loi première. Freud s'y est essayé. On l'oublie de plus en plus celui-là. Il faut dire que sa levée des tabous (mais certainement pas celui-là) a été dévoyée par ceux qui prônent la loi du cœur et du plaisir à toutes les sauces depuis. Du désir sans interdit. Même sans aller à l'inceste en tant qu'acte acte sexuel, il expliquait les dégâts de l'inceste psychologique (trop grande proximité avec les parents, désir souverain de l'enfant, volonté de fusion, satisfaction des désirs). Nécessité absolue de se détacher de ses parents (et pour les parents des leurs enfants) pour atteindre l'autonomie psychologique qui mène à la connaissance de soi. A la confrontation avec l'Autre, avec le monde. Déchirure nécessaire pour canaliser les désirs, et par là, les transcender en créant de la civilisation (arts et techniques). Sortir de l'animalité. Difficile d'expliquer ça dans un monde dévoué à y retourner sans se poser de question, avec l'amour et la transgression en bandoulière (à noter que c'est le rôle symbolique du père de casser cette relation incestueuse (fusionnel) antre l'enfant et la mère, cassure qui ne se faisait pas sans dégâts certes, or, on peut constater non seulement la disparition réelle du père (mère célibataires) aujourd'hui, mais surtout sa disparition symbolique au nom de ces dégâts (ce qui revient consécutivement à jeter le bébé avec l'eau du bain)).

Comme l'a dit judicieusement F+, le couple frêre-soeur du film s'isole dans la nature sauvage, fuyant les "interdits de la civilisation". L'absence de tolérance disent les cons modernes. On peut retourner l'analyse : si la civilisation existe, c'est par l'interdit . Et par celui-là, le plus évident, d'abord. Le réalisateur exprime -inconsciemment- le contraire de ce qu'il croit dire : ce retour à la nature est à prendre au figuré, si on veut saisir quelque chose au monde qui se transforme. Retour en pleine nature comme un retour à l'animalité. A différencier du retour à la nature (ermites, pionniers) pour cause d'excès de civilisation, et perte de sens de cette dernière. Il aurait été plus judicieux (mais le monde du cinéma l'est rarement) d'exprimer un inceste interdit en un lieu plus ou moins isolé (dans un village, une tribu où il est le plus fort pour cause de valeurs nécessaires à la survie du groupe) par un couple s'exilant en milieu urbain (ou semi-urbain). Cela aurait exprimé quelque chose. Mais le crétin qui a commis ce film ne s'en rend évidemment pas compte, tout englué qu'il est dans le concept modernisant, tout occupé à remettre en cause les fondamentaux comme croient le faire tous ses inconsistants collègues, surfant sur la vague de l'imbécilité satisfaite et conformiste. Quelqu'un de censé aurait fait un film sur ce film, sur cette époque, sur la levée de l'interdit de l'inceste non comme possibilité de tolérance mais comme possibilité de déliquescence.

La fin de l'Histoire car fin des individus, c'est à dire fin des désirs inassouvis, contrariés, transcendés, poussant au changement, à l'action. Fin de l'individu dans un contexte matriarcal fusionnel où, à tous les niveaux de l'existence, l'individu demande à être pris en charge, en corolaire de la fin du Patriarcat castrateur donc créateur et individualisant par réaction. Tous les individus se ressemblent, mécaniquement, il n'y a plus que du même. Avec cette dernière étape franchie, une fusion au sens propre avec ce rapport psychologique puis sexuel avec l'indifférencié, le même, le parent, c'est la dernière barrière qui rendait cette indifférenciation intenable sur le long terme qui tombe. Lentement mais sûrement. Presque sans bruit.

(1) elle a été étude en France en 2005, mission confiée à Christian Estrosi par Raffarin :

La répression de l’inceste est assurée par différents articles du code pénal, relatifs aux viols, aux autres agressions sexuelles et aux atteintes de cette nature commis notamment sur les mineurs par un ascendant ou une personne ayant autorité. Cependant, sur le plan pénal, l’inceste ne figure pas en tant que tel dans la loi. La mission confiée à Christian Estrosi, en s’interrogeant sur l’opportunité d’incriminer spécifiquement l’inceste, se donne trois objectifs : déterminer au sein du périmètre familial quelles sont les personnes disposant d’une autorité particulière sur le mineur telle que ce dernier ne saurait refuser ou manifester son opposition à une sollicitation sexuelle ; appréhender juridiquement le particularisme des actes incestueux (prendre en compte l’emprise exercée par un agresseur incestueux et la nature des actes commis) ; ajuster la répression des actes incestueux (répression plus sévère et/ou édiction de mesures complémentaires particulières, compte tenu de la spécificité de ces actes).


(2) comme un commentateur l'a écrit, cette affaire "des deux collégiens de 11 et 12 ans ayant violé la sœur de l'un deux (âgé de 10 ans) dans le remake impromptu d'un film porno"
est une pièce à ajouter au dossier.

add : le lendemain de l'écriture de cet article, je regarde innocemment un programme tv, et tombe sur le synopsis d'un téléfilm produit et diffusé par une chaîne publique :

Lucie et Marion, qui s'aiment et vivent ensemble depuis cinq ans, souhaitent avoir un enfant. L'idée d'un don anonyme ne leur convenant pas, elles refusent de faire comme nombre de lesbiennes et d'opter pour une insémination artificielle à l'étranger, en Belgique ou en Espagne, la loi française interdisant la PMA aux homos et aux célibataires. Les deux jeunes femmes se mettent à la recherche d'un homme susceptible de répondre aux critères de leur projet parental. Le choix du futur «papa» n'est pas une mince affaire et, sur le chemin de Lucie et Marion, les obstacles s'accumulent comme autant de nuages à leur bonheur. Un vrai parcours du combattant commence, qui pourrait bien avoir raison de leur félicité...
Espérons que Lucie et Marion réussiront leur collecte de sperme afin de réaliser leur "souhait" et qu'une loi obligeant le don de paillettes pour les couples lesbiens mettra fin aux insoutenables "nuages à leur bonheur" qui les obligent à fréquenter la gent masculine ne serait -ce qu'une seconde et pour une chose aussi légère. Quant à l'enfant, l'histoire de sa pro(?)création saura lui faire comprendre le sournois égoïsme masculin et la chance qu'il a eu de ne pas avoir à supporter un encombrant géniteur.

lundi 5 mai 2008

Communication breakdown


En croisant Lacan (et oui !) Christopher Lasch et l'actualité, on peut formuler quelques hypothèses fumeuses. Cette fameuse phrase de Lacan, donc : "Moi, la vérité, je mens." Qui porte sur le langage et son articulation entre deux individus qui permet la salvatrice reconnaissance réciproque. Cette scène (de mémoire qui provient de la Culture du narcisisme, de C. Lasch) : il y a quelques générations de cela (au moins deux), deux hommes, par exemple, pouvaient se rencontrer dans un jardin public, lors d'une promenade, et entamer une conversation des plus banales sur des sujets les plus communs, puis se saluer poliment et continuer leur chemin. Il y eut échange. Donc reconnaissance réciproque de l'individualité, donc joie apaisante. Même si, sur le fond, sur le transfert d'information, il n'y eut rien de très enrichissant. Pour cela, les eux hommes devaient porter un masque, c'est à dire sortir de leur moi profond pour pouvoir échanger sur des sujets banales, presque en parlant d'eux à la troisième personne, en mettant en sourdine leurs turpitudes, leurs désirs et leurs émotions. Aucun d'eux n'étaient dupe de ce masque social, de ces conventions, de ces sujets anodins, de cette politesse. C'était le prix de l'échange, qui avait lieu, au final. Moi, la vérité je mens.

Or il apparait que cela est des plus difficiles aujourd'hui. Lorsqu'un inconnu vous aborde, c'est bien souvent pour essayer de vous refourguer de la camelote, vous agresser verbalement voire physiquement, vous demander un service, ou délirer complètement si on a affaire à un malade mental avéré. La méfiance est de rigueur. On peut mettre ces changements de comportements sur le compte de cette fameuse authenticité (du moi, de l'individu) comme génératrice de cette incommunicabilité. A l'origine, authenticité (fausse, évidemment) mise en avant par la publicité pour flatter le narcissisme du consommateur, meilleur levier existant pour le pousser à l'acte d'achat. Les conséquences furent désastreuses dans biens des aspects de la vie courante de l'individu moderne. Faisant de son moi le chose la plus importante, désirable par lui-même et suscitant le désir d'autrui. Imprégné par la suite de concepts psychologiques foireux (l'authenticité du désir, des émotions, elles-mêmes vidées de leur caractère moral ou de leur compatibilité sociale ) l'individu est tout simplement incapable d'échanger avec un inconnu sur le mode ancien. Se résumant à la négation du moi de l'autre, le moi narcissique généralisé ne peut s'adonner à une conversation paisible et momentanée. Pour ceux qui désirent intensément communiquer avec l'inconnu(e) pour les rapports de séductions, par exemple, les barrières sont difficilement franchissables. Il faut des contextes bien définis de situation, souvent de l'alcool, une ambiance érotique, etc..Dans la rue, en somme, cela relève de l'exploit.

En communication politique, nous étions rompus à la fameuse langue de bois, légèrement agaçante mais par essence soporifique. Est donc survenu, avec cet avènement de l'authenticité (de la transparence ou autre mensonge mentant sur lui-même) le fameux franc-parler. Avec des représentants comme Rama Yade la rebelle ou Nadine Morano la gouailleuse, voire Xavier Bertrand le gentil grand frère, le franc-parler est lui, totalement insupportable. Il ne prend même pas la peine de vous endormir pour mieux vous mentir, non : il nie votre moi, il vous réveille, vous caresse ou vous bouscule, veut absolument vous faire ressentir ses propres émotions, les partager avec vous, de gré ou de force. La langue de bois se méfiait (donc respectait) encore suffisamment des individus pour essayer de les assoupir, la franc-parler les absorbe, les menace, il fait du chantage émotionnel à haute dose et en haut débit, il broie les consciences sur son passage, épuise les nerfs. A n'importe quelle occasion et sur n'importe quel sujet, l'implication émotionnelle est systématiquement imposée. D'autant plus insupportable que la rejeter vous fait passer, c'est un comble, pour un dangereux pervers égoïste, et, pire des infamies modernes, pour un sans-cœur. Les soupçons de tendances fascisantes sont immédiats. Tout cela crée une extrême tension entre les individus et, alors, grande est la tentation de se mettre à braire avec le troupeau, pour échapper à la culpabilité émotionnelle d'une part, pour se défouler sur les réfractaires qui sont restés dans l'autre camps en prime. Les résistants souffrent énormément.

Tout cela est extrêmement pénible. Je ne sais pas si c'est efficace d'un point de vue politique, en tout cas c'est manifestement dangereux. Des gens sont, et seront, amenés au pire.

Malheureusement vrai


Un très bon article de five years later sur la mère Houellebecq. La mère des particules élémentaires existe donc vraiment. Cette génération existe. Nous l'avons tous rencontrée. Sa concentration symbolique la plus sombre et la plus destructrice sort (enfin ?) de l'ombre. De la tombe où les tenants médiatiques, tous issus ou héritiers de cette idéologie nihiliste, l'avait soigneusement cachée. Incapable de transmettre quoi que ce soit, le chaînon manquant, au sens propre, cette incarnation de la rupture de la transmission. L'innocente, titre de son livre, est merveilleusement choisi. La génération innocente. Sans péché originel. Négatrice du patriarcat créateur. Sans héritage, point de repère, point de culpabilité fondatrice. Et finalement, point d'émancipation. Le nouveau monde comme prison d'un désir sans cesse excité, jamais satisfait, jamais transcendé. La fausse légitimité d'un désir à assouvir quoi qu'il en coûte, boite de pandore du narcissisme, de la solitude affective, de la misère sexuelle. La ringardisation consensuelle des fondamentaux civilisationnels, classés avec une dérision obscène comme fascistes, conservateurs, réactionnaires, machistes.

C'est toute l'oeuvre de Houellebecq d'avoir démontré toutes les conséquences de cela avec génie. Oh oui, c'est certain, que, du point de vue de cette génération (de ce qu'elle représente comme transformation), Michel Houellebecq est un raté. Il a en effet su résister avec courage pour préserver son individualité, pour dire ce qui n'allait pas, pour refuser ce matriarcat étatique englobant, cette guerre du désir, ce mirage du retour fusionnel, pour décrire ses effets, ses conséquences, ses ravages. Et surtout son idéologie. Son catéchisme. Son inquisition forcenée et permanente pour couvrir ses contradictions englobantes. Son eugénisme, finalement, visant à faire de tout à chacun le même dernier androgyne avec portable 3G, dégoulinant de morale primitive et de cannibalisme culturel, assoiffé de monstres préfabriqués à sacrifier. Ce n'est pas rien d'être quelqu'un quand on sort de ce monde-là. C'est quelque chose de rater tout ce projet-là. Micehl Houellebecq a raté l'innocence, il est devenu un homme, au (premier) sens biblique, c'est à dire conscient de lui-même, et des autres.

ADDENDUM : je précise, en allant à l'encontre des crétins analphabètes qui ont trouvé ses romans misogynes, et c'est mon point de désaccord majeur avec l'œuvre houellebecquienne, que je ne partage pas sa vision enthousiaste et salvatrice du rôle des femmes dans un meilleur monde possible