jeudi 17 juillet 2008

Chignon

Nouveaux liens

3 brillants articles (et tant d'autres) de Polydamas au sujet du "catho-bashing" sur son blog Ab Imo Pectore

Plus léger, le professeur Elise nous livre ses réflexions sur la virilité et ses formes d'affirmation.

Schizodoxe quant à lui nous livre quelques analyses qui remettent en question nombre de préjugés d'aujourd'hui.

mercredi 2 juillet 2008

Vade Retro, Katholikos !


Les athées fondamentalistes n'en ont jamais assez des falsifications historiques, c'est entendu, déjà qu'ils ont du mal à trouver des figures réinterprétables à exhumer auxquelles s'identifier pour faire oublier le conformisme sans risque dans lequel ils pataugent. Ce serait tout de même dommage de ne pas y trouver dans ces figures progressistes, ressorties des placards des luttes, des symboles de martyres, sacrifiées pour l'émancipation des femmes ou de toute autre minorité bafouée ou harcelée sans relâche par une Église Catholique qui ne passait son temps qu'à cela, et si possible, uniquement par elle. Ainsi on ne s'étonnera pas de trouver sur le blog du trotskyste (idéologiquement immaculé) Edwy Plenel un "article" consacré à Julie-Victoire Daubié (1824-1874 donc en pleine inquisition ), la première bachelière de France, dont on ne saurait contredire les mérites, à moins bien sûr de vouloir à tout prix les faire rentrer dans la case idéologique idoine (sinon, bien entendu, on en aurait jamais entendu parler), suivez mon regard :

La première bachelière, une nana qui en avait!

30 jun 2008Par tonymaj

La toute première bachelière de France, en 1861, était vraiment une sacrée nana! Portrait en quelques lignes.

Fille du comptable de la Manufacture royale de Bains-les Bains (Vosges), Julie-Victoire Daubié est née en 1824 et sa courte vie (elle meurt en 1874) a été bien et très utilement remplie.

A onze ans déjà, elle se fait remarquer en estimant que le cadeau de Noël offert par le patron, c'est bien, mais qu'un meilleur salaire pour les ouvriers serait plus appréciable encore.

En 1846, à 22 ans, elle réussit le "certificat de capacité", diplôme qui devrait lui ouvrir l'accès à un poste dans l'enseignement. Mais c'est là un domaine exclusivement réservé aux hommes, à cette époque.

Qu'à cela ne tienne! La voilà, à 37 ans, en 1861, qui se présente aux épreuves du baccalauréat, à Lyon. Elle sera la première femme de France à réussir cet examen, et avec la mention "très bien", s'il vous plaît.

Julie-Victoire se lance alors dans une carrière de journaliste et d'écrivain économique. Son ouvrage "La femme pauvre du XIXe siècle" (3 tomes) fait encore référence aujourd'hui. A l'époque, cette audace est pourtant mal récompensée: elle se retrouve interdite de publication et - accrochez-vous - promptement excommuniée par l'Eglise catholique pour avoir prôné l'égalité des hommes et des femmes.

Avant sa mort, Julie-Victoire Daubié créera encore une école de broderie destinée à sortir les femmes des Vosges de leur condition précaire, par la formation et par l'emploi.

Moderne et prophétique, Mlle Daubié. N'écrivait-elle pas: "Il est de fait que l'ordre économique ne serait pas troublé comme il l'est chez nous, si le scandale des fortunes illicites était soumis au contrôle de l'opinion."?

Je viens de vous entendre parler de stock-options et de parachutes dorés?

Et oui comme au bon vieux temps de la Pravda, on fait parler les morts, en l'occurrence, leurs actions. Même si au demeurant, Julie-Victoire Daubié n'a jamais été interdite de publication, mais de colportage, ce qui n'est tout de même pas la même chose. Je fais l'impasse sur la citation et demie et l'interprétation marxiste navrante (au sujet d'une féministe, ils auraient pu faire l'effort de nous sortir quelque chose sur les femmes) dont les lecteurs bêlants du Monde&affiliés se repaissent en continu et nous prouve, justement, que ça ne change rien, que les fortunes illicites soient "soumises au contrôle de l'opinion" sinon à la rendre totalement inoffensive pour tout le reste, cette pauvre opinion (ce qu'un rédac' chef de grand quotidien a bien compris et à tout intérêt à faire oublier). Non, le point important et à mon humble avis le plus comique, est ce fait mensonger, qui est loin d'être anodin:

et - accrochez-vous - promptement excommuniée par l'Eglise catholique pour avoir prôné l'égalité des hommes et des femmes.

Donc, en préambule, précisons que Julie-Victoire Daubié n'a jamais été excommuniée (vérifications à l'évêché de Saint Dié et aux archives paroissiales de Fontenoy pour ceux qui en doutent). Bon. Je ne sais pas si cette légende d'excommunication est récente ou si elle date de cette époque lumineuse que fut le XIXeme siècle, en tout cas le journaliste nous en fait part avec une ferveur certaine. Tient-il à ce point à cacher que cette chère Julie-Victoire n'avait rien d'anticatholique, bien au contraire ? Élevée dans un stricte catéchisme (sa famille ayant caché des prêtres pendant la Terreur- image qui devrait rappeler des souvenirs aux scribouillards si prompst pourtant à parler de rafles et à faire, là encore, des raccourcis falsificateurs), un frère abbé, elle salut l'enseignement catholique qui permet la création d'école pour filles, et réclame même un meilleur niveau de la part des soeurs...Bref, on l'aura compris, point de divergence entre la catholique et féministe Julie-Victoire Daubié et l'Eglise catholique d'alors. La lumière faite sur le mensonge manifestement anticatho, il y a deux choses à relever. La première est évidente : la bêtise de l'accusation d'excommunication pour "avoir prôné l'égalité des hommes et des femmes". J'aimerais avoir vent d'une excommunication de l'Eglise catholique pour ce motif. Et aussi j'aimerai comprendre ce que signifie "prôner l'égalité entre les hommes et les femmes" pour l'Eglise catholique fantasmée et pour le progressiste hallucinée qui prend ses rêves de persécutions pour des réalités.

Le deuxième point, plus subtil, concerne le fond même du mensonge. On aura compris le motif et l'objet, qui tombent à plat. Non, le point c'est que pour le progressiste, l'excommunication semble représenter un outrage insoutenable pour le croyant (pas sûr déjà qu'il sache en quoi l'excommunication se traduit dans les faits). Il se met sur le plan de la foi (enfin de ce qu'il en comprend) et des dogmes pour en montrer les monstruosités (rappelons qu'une excommunication n'est pas bien méchante, et qu'elle n'a évidemment rien à voir avec une quelconque damnation). Il suggère admirablement ses propres fantasmes sur le monde catholique : l'excommunication est la pire chose qui puisse arriver pour un croyant, ais la meilleure pour un homme de progrès ! Vous pouvez vous faire rejeter ! Alors n'y allez pas! Les catholiques ne peuvent d'ailleurs pas ne pas rejeter quelqu'un qui apporte le progrès ! L'OPA sur le progrès a été fait par les anticléricaux ! Tout ce qui est progrès retombe dans l'escarcelle de l'athéisme ! Royalties de gauche ! Brevet de progressisme à la clé ! Tout ce qui libère la femme (de quoi ?) retombe dans le domaine public et laïque au bout de dix ans !

Il est tellement impensable pour un anticlérical qu'une telle figure féministe inattaquable soit catholique et n'ai jamais été inquiétée par l'Eglise (mais probablement beaucoup plus par les gauchistes de l'époque qui craignaient que les femmes ne votent à droite, elles, bien plus conservatrices que les hommes) qu'il lui faut à tous prix un tour de passe-passe pour réécrire l'histoire, un argument-massue, une horreur, une arme prise dans l'arsenal de l'ennemi afin qu'on ne remonte pas jusqu'au vrai coupable, une arme qui fait trembler les païens et les superstitieux (majoritaire aujourd'hui) jusque dans leurs âmes. Le progressiste, ici comme ailleurs, cet article n'est qu'un symptôme parmi d'autres, fait appel à tous les préjugés miteux pour pauvres d'esprits qui confondent excommunication et damnation (qu'aucun clerc ne peut professer par ailleurs, pure hérésie : seul Dieu damne et le pécheur lui-même ) et prouve par là même tout le pathos occulte dans lequel il s'ébroue. Le vieux cliché, le vieux retournement : l'Eglise, c'est le diable qui se prend pour Dieu ! Mais oui ! Tout simplement ! Le rationaliste, héritier des lumières, brandit les arguments vaudou comme un Colin Powell brandit sa fiole, il joue avec les peurs inavouées de notre époque qui ne sont que les ersatz des croyances populaires d'antan, sur lesquelles il surfe au quotidien : à l'excommunication (rare) et à la damnation (inexistante) de l'Eglise de l'époque se calque aujourd'hui les campagnes de persécution médiatiques (dont le Monde nous a régalé du temps de sa splendeur) ou le silence assourdissant ordonnée sur tel sujet sensible et véritablement dérangeant pour le progressiste qui progresse.

Ne sachant rien de la sentence d'excommunication, il y fourre tout ce qui peut lui servir pour accabler l'Eglise, mais, par négligence ou plutôt par acte manqué, y fourre également ses fantasmes : il pense que l'Eglise décide du destin des âmes, c'est à dire qu'il pense que l'Eglise se prend pour Dieu, ce dont elle a si magnifiquement su se prévenir, et ce qu'elle empêche férocement aux hommes de faire, mais, il faut l'avouer, de plus en plus difficilement. C'est la pierre d'achoppement de ceux qui pensent opposer le progrès (le leur ou celui qu'ils s'approprient) à l'Eglise, la source des conflits, des mensonges et des malentendus savamment orchestrés. Le progressiste dans ses lapsus, nous dévoile son refoulé, sa hantise : il aimerait lui-même se prendre pour Dieu et ne supporte pas qu'on l'en empêche. Un Dieu tout petit et revanchard. Il n'a jamais fait autre chose. Il n'a jamais voulu autre chose. Il réécrit l'Histoire. Se donne le beau rôle : celui de l'agneau crucifié. Accuse les autres de ses méfaits, se rapproprie les mérites de ses ennemis. Entretien l'obscurantisme sur les sujets qui le dérange, prête à l'adversaire des pouvoirs maléfiques. Il n'arrive qu'à être une sorte de rebouteux à la petite semaine, il magnétise son mac pour pondre des articles qui valent des dogmes, il promène son pendule sur l'histoire espérant trouver de l'eau non bénite, voit des persécutés à sauver à travers les âges, partout et en tout cas invente des lépreux sur lesquels il impose sa lourde prose bâclée et sa salive stérile. Il juge comme rarement un prophète n'a jugé, excommunie à pleines brassées du territoire médiatique les inopportuns qui lui rappellent sa propre imposture, sursaute là où il y a des miroirs en brandissant sa sanglante croix laïque. Mais surtout, il dissimule sa foi nihiliste en lui-même en tant qu'essence divine sous le camouflage de la raison par le sabotage du langage et le fait avec tant de zèle qu'on en vient à ne plus rien distinguer. C'est là sa plus grande victoire.Une victoire à la Pyrrhus.