mercredi 28 octobre 2009

Péché originel

Publié sur Ilys le 25/05/09; republié ici à l'occasion de la sortie en salles du film "Le Ruban Blanc" de Michael Haneke.




Je tombe sur un documentaire extraordinaire "Des bébés à carte", magnifiquement réalisé par Franke Sandig et Eric Blake, diffusé sur France deux, tard dans la nuit. "Californie, le business de la reproduction assistée". Une myriade de personnages représentatifs du roman moderne.

La "surfeuse", appelons la Jane, jeune, blonde aux yeux bleus, bronzée. Fade mais très demandée. Vend ses ovules. Suit des traitements, arrive à produire jusqu'à onze œufs par cycle, à 4000 dollars le lot. "A ce prix, les gens font une affaire" ajoute-t-elle de son sourire immaculé. A chaque fois qu'elle vend, elle augmente de deux mille dollars les tarifs. Il a fallu qu'elle soit mariée et ait eu des enfants pour pouvoir "donner", c'est la loi. On la voit passer une journée avec ses mouflets à trainer dans un video games center. Les filles qui donnent leur œufs-on appelle les ovules "legs" en anglais, ça parle-on les appelle les anges au centre de don. La porte-parole affirme en riant "les gens sont hypocrites, ils disent tous préférer l'intelligence, au final ils choisissent tous les donneurs les plus beaux". Il y a des séances-photos organisées pour les cv, les anges sont souvent étudiantes.


On fait un tour dans les bureaux, situés dans un étage d'un building de L.A. Que des femmes. Au téléphone, elles appellent des donneuses en "attente" : "J'ai une excellent nouvelle, on vous a trouvé un couple". Un couple, Bob et Diane, Diane parle Bob se tait. Diane a la quarantaine bien tapée, est ingénieur dans l'aérospatiale. Bob, qui tient les mains de Diane lorsqu'elle parle de son "besoin d'enfant" répond par yes madam lorsqu'elle s'adresse à lui. Il rigole, mais on a tout compris.

Le cour de l'éjacula est à 75 dollars. Il paraît qu'il y eut une baisse des dons dans les années 90 mais qu'internet a tout révolutionné : CV des donneurs en lignes, expéditions réfrigérées, sécurisée, à bas coût. Le centre appartient à Bill Handel, qui est également animateur radio.


Bill s'interroge dans ses émissions sur les avantages et inconvénients de son petit business. Bill est évidemment convaincu de faire le bien. Ses deux filles ont d'ailleurs été conçues par FIV. Il a choisi leur sexe. Les FIV permettent entre autres d'écarter les embryons comportant des gênes porteurs de maladies. Maladie est à prendre au sens large. Bill est juif, lorsqu'il fête shabbat, la petite famille porte des espèces de kippas fun en forme d'animaux. Chauve, gras il porte des chemises hawaïennes et cuisine des produits qui portent sa photo promotionnelle, comme c'est souvent le cas pour les vedettes américaines; poulet eux épices et saucisses. Dans une de ses émissions, il interview une généticienne décolorée qui déclare que la politique eugéniste nazi était inspirée techniquement d'un programme américain. Bill déclare qu'il ne comprend même pas "pourquoi les gens font encore l'amour pour procréer". C'est "beaucoup trop risqué".

John est généticien, quadragénaire. Il roule en porche. On le voit se tailler la barbe au réveil dans sa superbe maison où il vit seul avec son yorkshire, manger des corn-flakes en peignoir en avalant des vitaminesau petit-déjeuner. En conduisant de nuit dans sa décapotable, il décrit l'avenir, fait de chromosomes supplémentaires qui permettront de combattre toutes les maladies. D'humanités nouvelles. On aperçoit des sdf qui dorment sur des cartons, nombreux. Il prévoit une population scindée en deux groupes : les beaux, en bonne santé, bébé-éprouvettes, et les normaux. Etant donné le coût des opérations, les beaux-intelligents en bonne santé seront aussi probablement plus riches que la moyenne.

Sarah, la mère porteuse de l'enfant de Bob et Diane, conçu en fait à partir de sperme et d'ovules de donneurs. Sarah touchera 50 000 dollars, elle dit d'ailleurs que c'est un vrai travail. Très valorisant. Le bébé ? Elle dit ne pas s'y attacher.

Francis, le "bébé Nobel" environ 25 ans, nommé comme cela car issu d'un soit-disant programme de don de sperme de prix nobels, en fait essentiellement des types aux QI très élevés. Il vit avec sa mère, dans une baraque pourrie, mais a un QI de 180, comme son père qu'il ne connait pas. Il déclare ne rien avoir à faire de son père, qu'il n'est qu'un amas de cellules. Plus jeune, les autres enfants l'appelaient "spermato". Il apprend en même temps que nous que sa mère elle-même faisait passer les entretiens aux donneurs. Il cherche à en savoir plus. Sa mère toute-puissant le titille. Dit que ça n'a aucune importance. Francis est maigre et plutôt laid. Il se balade le long de la plage, au milieu de la foule, regarde les culturistes dopés comme des chevaux, hommes et femmes, soulever de la fonte en maillots de bain. Gros plans sur les muscles aux veines gonflées, bronzage huileux. Des jeunes spectatrices latinos pouffent. Il finit par faire du yoga sur la page, au soleil couchant.

Enfin, à aucun moment on ne voit ni n'entend un donneur de sperme.











J'apprends que la Palme d'or du festival de Cannes a été attribuée à Michael Haneke pour Ruban Blanc. Film en noir et blanc traitant des traditions oppressives dans un village du nord de l'Allemagne au début du XX eme siècle. Le Monde :

Le Ruban blanc est l'évocation des sévices qu'une société d'adultes, notables, puritains, rigoristes, inflige à ses femmes, ses enfants, ses administrés. C'est l'inventaire des caprices et des châtiments perpétrés par des fous d'autorité, fous d'ordre, de censure. Allant jusqu'au viol et à l'inceste (le médecin congédie la sage-femme pour s'en prendre à sa propre fille), ces abus génèrent haine de soi et rituels punitifs : voilà l'explication des événements qui troublent le village. Il s'agit de "punir la faute des pères sur les fils".

Ils ont eu raison. De donner cette Palme à ce film. C'est dans la logique générale. Il vaut mieux ne pas savoir dans quel monde on vit aujourd'hui. Qu'ils continuent de se gargariser d'excès de patriarcat archaïque et de vigilance quant à son éventuel retour. Ils ne savent même plus ce qu'ils cachent avec leurs écrans de fumée.

C'est dans un noir et blanc splendide que se déroule ce film impressionnant et implacable. On le situe quelque part dans la lignée du Losey des Damnés, ou de La Nuit du chasseur de Laughton, à cause de la figure maléfique du prédicateur. D'un Clouzot. D'un Bergman naturellement, tant planent la hantise du péché et une sexualité mortifère. Mais Le Ruban blanc assène un ton particulier, avec ses bourreaux aux yeux bleus et tignasses blondes.

Et c'est ironiquement le matriarcat technologique et marchandisé qui remet au gout du jour les petits blonds aux yeux bleus. Pétants de santé. Mais contrôlés. Surveillés. Par leur mère cette fois. Pétris de moraline, c'est à dire de rien. Dans un monde qui ne reconnait pas d'enracinement, de constance, de valeur, de passé, c'est à dire de Père.

La thèse d'Haneke est faible. L'excès d'autoritarisme mènerait par réaction au nazisme ? Il faudrait se pencher un plus sur les changements fondamentaux opérés en Allemagne au début du XIXème siècle, sur la sensation d'irréalité qu'ils ont généré. Qui plus est dans les campagnes et les petits villages. L'impuissance face au monde technicisé naissant, rationnel, froid, dénué de chair et de sens, qui engendre une passivité collective, une volonté de fusion dans l'oubli, dans les idées de grandeur et de pureté dégénérées. Une solution allemande. Il y en aura d'autres. Mais ne comptons pas sur Haneke et ses clones pour les voir venir.

Allemagne, Californie. Ils croient pouvoir se sortir du péché originel, là encore ? Ils le réinventent. Pas de terres à annexer car toutes les terres sont désormais semblables. Mais au final, toujours la pureté. L'immortelle innocence. La peur de sa propre ombre. A l'heure du métissage creux, l'aryen sur catalogue est un best-seller. La faute assimilée aux gênes imparfaits. Et s'ils avaient raison ? De la manière la plus fondamentale qui soit ? Déjouer Dieu, le hasard, la vie, là où ils se croyaient intouchables ? Le bonheur assimilé à la santé ? Donc au rien ? La pomme est dans l'éprouvette et le serpent porte une blouse blanche. Les morts-nés vivront-ils ? Ou est-ce que leur chute elle-même ne sera qu'un long silence ? C'est que ça ne se sabote pas comme ça, un non-projet. Est-ce que ça se sabote d'ailleurs autrement que par le suicide sous ses différentes formes ou le massacre inédit ?

D'ici-là on continue à distribuer des Palmes d'Or pour des œuvres qui ont 75 ans de retard et à ignorer les faits qui dévoilent tout avec 20 ans d'avance.


add 28-10-09: je m'avançais peut-être à propos d'Haneke, j'ai peut-être tout faux. Peut-être fait-il lui-même clairement la liaison entre le Bien totalitaire d'hier et d'aujourd'hui en réaction à la chute du patriarcat sous ses ruines successives et les conséquences désastreuses chez les jeunes générations. En tout cas, il est certain que ses laudateurs ne la font pas. La façon qu'ils ont d'opposer la rigueur sexuelle protestante d'antan avec la promotion scolaire actuelle des mœurs libertaires&tolérants traduit leur incompréhension totale des mécanismes sociaux en période de crise post-patriarcale (pléonasmes). C'est à dire de l'excès.

jeudi 17 septembre 2009

Mnésie

Je profite du fait d'avoir mis en ligne le texte (post ci-dessous) de Muray sur Balzac et d'avoir proposé une analogie avec un autre texte de Muray (sur Céline "L'avant-garde rend(...)") pour clarifier un autre texte sur Bégaudeau et Tarantino publié sur Ilys. Je m'excuse par avance de mêler les noms de ces deux-là à celui de Muray ou Céline, ils ne sont en effet qu'un prétexte...

J'en redonne une partie :

En effet le cinéma de Tarantino est essentiellement basé sur l’action, même lorsqu’il parle, et il est fort bavard (”chez Tarantino, l’action est essentiellement parole” je cite, toujours le même article), le personnage tarantinnesque ne pense pas énormément, comme Bégaudeau, et le fait savoir. C’est alors toute sa conception du monde qui s’exprime, et qui fait tourner le monde, un monde de blabla débilo-fun, entre deux rafales sur des nazis virtuels. En cela, en effet, Tarantino “rend le monde meilleur”, comprendre le monde idéal peuplé de zombies consuméristes, parfaitement égaux dans la décérébrération volubile expansionniste, que Bégaudeau déclame tel un prophète de salle des profs collège de banlieue.

Le cinéma US, en cherchant à faire du gros pognon avec la profonde satisfaction que ressent l’individu lambda perdu dans un monde merdique lorsqu’il débranche son cerveau quelques instants, de plus en plus longs, solde bien “toutes les guerres” : pourquoi l’individu lambda irait se faire trouer la peau, pour quels convictions, idéologies, buts, fois, terres, au fait ?

J’ai fait l’erreur de croire qu’il n’y avait pas de sens dans l’article de Bégaudeau. Il n’y en a pas, évidemment, mais cela fait sens, comme on dit à France-Info, le but, pourtant évident, de l’article était bien une apologie du non-sens et de la débilité comme moyen et but du pacifisme (ce massacre de l’intelligence, du beau, du différent, de la pensée), un no brain’s land radieux pour ectoplasme prolixe.

Formidable aveu donc, du socialisme en territoire marchandisé, qui comprend enfin que ce qu’il désire de tout son être, c’est le néant de l’esprit par la noyade sous des tonnes de discours absurdes et demeurés, et qu’en cela, Hollywood est son ami.

Quelque part, dans cet article de Transfuge, on vient de passer un cap. Oh c’était déjà dans Entre les murs, le fait que le rouleau-compresseur des voix qui ne disent rien et qui ne s’arrêtent pas de déballer leur crétinerie sont l’horizon indépassable du socialisme à bout de souffle. Le point de ralliement est trouvé, le moyen et le but s’accordent, la fusion opère.

Muray parle dans "L'avant-garde(..)" de la massification du monde moderne alliée, ou plutôt appuyée par la technique. Les avant-gardes (culturelles, artistiques) se basèrent, d'une manière ou d'une autre (attraction : futurisme, rejet : dadaïsme, fusion : marxisme), sur cette technicité pour proposer leurs visions et leurs souhaits du monde à venir. Toutes échouèrent car incapables de s'appuyer sur du concret, du réel, de l'éternel, de l'historique : du passé elles faisaient toutes table rase (même et surtout celles qui prônaient le retour à un age d'or fantasmé). Seul Céline ayant créé un style radicalement novateur pouvait s'extraire de ces avants-gardes pour raconter ce XXième siècle en déroute.

Mais tout le monde n'est pas Céline. Revenons ainsi à nos moutons tarantino-bégaudesques, nos avants-gardes à nous. Que font-elles ? Elles accumulent le bla-bla, les anecdotes décalées, prônnent le bavardage tout azimut, les interruptions incessantes du récit. "Entre les murs" et "Pulp fiction", même combat. Le découpage achronique de Tarantino souligne bien que l'histoire du film n'a que peu d'importance, seules les scènes, les interactions soit-disant particulières (souvent par le biais d'un tiers, d'ailleurs) comptent, dans les classes d'"Entre les murs", le fil directeur de l'école, l'enseignement, ne compte pas, seules les manifestations pulsionnelles des élèves au langage coloré ont de l'importance. Chez ces deux-là, de l'Histoire on fait table rase : la place est ainsi dégagée pour la massification bruyante qui se fait passer pour de l'épanouissement individuel vers un avenir radieux de décérébrés bavards et, surtout, condition nécessaire, amnésiques (nécessaire mais non suffisante : manque l'éloge de l'oubli, c'est à dire l'éloge de l'oubli qu'il y a de l'autre, de l'ailleurs, du différent, du passé, éloge prise en charge par les films sus-cités et les clones du même acabit).

On m'objectera que le triche avec Tarantino, que justement, les anecdotes et historiettes que narrent abondamment les personnages de ses films sont autant de passerelles vers l'extérieur, le passé, que ces personnages débordent du film (quand ce n'est pas le style lui-même qui est un hommage à d'autres genre, voir le navet "Kill Bill"). C'est pourtant faux : cette jactance incontinente n'est là que pour donner de la densité aux personnages (souvent armés et sur le point d'exploser, restons fun et subtiles), et l'effet fonctionne. Ces anecdotes n'ont jamais pour but de proposer une extension de la scène, une véritable métaphore qui s'inscrit dans la linéarité (d'ailleurs elle-aussi charcutée pour créer un effet de mémoire, une sorte de préexistence des personnages) elles n'ont pour vocation que la densification des scènes de violence, c'est à dire l'évacuation brutale et jouissive de la mémoire, de la culpabilité, de l'enchainement causal, des doutes. L'impression qui en ressort est donc celle d'une espèce de fuite permanente, de coupure libératrice, de virage salvateur. On n'a jamais, je crois, décrit quelque part à quel point Tarantino invente du passé à ses personnages uniquement pour rendre leurs fuites dignes d'intérêt, et que ce passé n'est évoqué que pour justifier les espèces de mésaventures absurdes et hasardeuses qu'ils rencontrent : aveu schyzophrénique qu'il ne se produit rien sans passé et qu'en même temps tout ce qui peut se produire se réduit de manière obsédante et paranoïaque à une évasion de ce passé et donne ainsi la vague impression d'une rédemption, assimilée à une rafale sur le retour du refoulé*.

Les élèves de Bégaudeau ont des difficultés colossales à comprendre quel est l'intérêt même de l'emploi et du sens de l'imparfait du subjonctif : cela revient au même. Il eut fallu que je fusse. Et oui. Il eut fallu. Si seulement.

Ce n'est pas un hasard par contre si Bégaudeau écrit qu' "Inglorious Basterds" solde "toutes les guerres" et "rend le monde meilleur" : solder le passé est encore la meilleur façon d'enrober le cloaque du monde moderne de la rassurante illusion de l'innocence.

Un blogeur du CGB conclu un article sur ce même film par :

Cependant, il faudrait être injuste pour ne pas souligner le comique épatant introduit par les citations de Tarantino, notamment celles de Clouzot. Par deux fois, nous voyons apparaître des affiches de films de Clouzot à l’arrière plan, l’Assassin habite au 21 et le Corbeau. Comique, en effet, de voir que le cinéaste de la psychologie la plus subtile, la moins manichéenne, le cinéaste qui se confronte à la complexité du mal soit cité dans un film aussi bourrin, creux et enfantin que cette coûteuse merdicule

On m'objectera sûrement aussi qu'au fond, on s'en fout de Tarantino ou Bégaudeau, que ça n'est que du cinéma. Il est évident que le cinéma n'a jamais eu aussi peu d'importance qu'aujourd'hui, et qu'il n'évoque plus rien, surtout lorsqu'il est palmé, c'est à dire officiellement applaudi.

.*le rédemption par la rafale étant je pense une bonne définition du terme de série B, genre qui ne manque pas toujours de charme







mercredi 16 septembre 2009

Muray, Balzac





Noël avant l'heure : je vous ai scanné ce texte de 35 pages de Muray paru dans Tel Quel N°89, automne 1981 :

La syncrétinisation-Balzac, le XIXème siècle, la fornication de l'occulte

(pdf, 14mo)

Les plus concentrés trouveront des analogies avec le texte "L'avant-garde rend mais ne se meurt pas (fragments d'une conférence)"-dans Exorcismes Spirituels, I-sur Céline.

lundi 10 août 2009

Disparition de la vierge





C'est l'été. Il fait beau. Mais il fait chaud. Paresse, indolence.
Pour raviver tout cela à moindre frais, je ressors un vieux triptyque Ilysien, portant sur l'affaire d'annulation par consentement mutuel du mariage d'un couple musulman sous le motif de "tromperie sur une qualité essentielle" (la virginité de la jeune fille).
Tout un programme.


I-Elisabeth Badinter se refait une virginité.

Edité le 30/05/08 sur Ilys

Oh je ne vais pas rappeler les faits que vous connaissez tous...Et bien si... L'article sur rue 89 est pour une fois intéressant. Met le doigt sur quelque chose qui me semble essentiel :

l'avocat veut faire part de sa perplexité, après avoir plaidé le mensonge comme motif d'annulation de l'union:

"Ça prend une dimension que l'affaire ne mérite pas, franchement! Les deux parties étaient d'accord pour se séparer, et ces gens sont allés devant le juge parce qu'ils n'envisageaient plus de vivre ensemble. Le magistrat ne crée pas le contentieux, ce sont les gens qui créent le contentieux, que voulez-vous faire quand tout le monde est d'accord pour faire annuler le mariage?"

Et que voulez-vous expliquer calmement, alors que tout est recouvert des cris de hyène blessée que pousse Elisabeth du fin fond de son hôtel particulier ? On se doute bien qu'on est en pleine récupération idéologique (d'une part les annulations sont peu fréquentes, et encore moins pour ce motif ) Liz qui se dit outrée, "ulcérée" pour être précis, n'aurait pas pu plus mal choisir son sujet. Non le point crucial, c'est l'insistance que cette conne a à beugler que la jeune fille a été "humiliée, publiquement humiliée" qu'elle va se faire répudier par sa famille, etc.. Or il ne lui vient pas à l'esprit que non, cette fille n'était pas du tout humiliée, en tout cas pas jusqu'à ce qu'Elisabeth et d'autres décident d'en faire une affaire nationale.

Ni humiliée jusqu'alors, ni soumise, ni quoi que ce soit, juste qu'il y avait incompatibilité de convictions entre les époux, que cette jeune fille, justement, préfère, après coup, continuer à vivre une vie de célibataire libérée et que l'homme décide paisiblement de trouver une femme vierge et consentante comme il le désire. Bref que les gens se débrouillent entre eux. Ça, Badinter ne le supporte pas. Lorsqu'elle répète que la sexualité de la femme "est une affaire privée et libre en France" on pourrait lui rétorquer que justement oui, et la prier, donc, de fermer sa putain de grande gueule lorsque les gens sont consentants. Mais Elisabeth ne conçoit la vie privée uniquement lorsque celle-ci se conforme à ses combats hystériques et ringardement anticléricaux, voire plus largement misandres et très clairement totalitaires en tant qu'ils nient la liberté de pensée de de conviction. Que si la vie sexuelle est affaire privée, comme elle l'aboie à qui mieux mieux, alors la façon dont on la mène peut très bien se conformer aux valeurs que les individus lui concède. Que ces individus peuvent même décider si ça leur chante de la soumettre au dogmatisme religieux de leur choix. Mais ça non, ce n'est pas possible. Les seuls dogmes qu'Elisabeth tolère se sont les siens. Voilà sa définition de la liberté.

Non c'est vraiment du comique involontaire que d'entendre Elisabeth Badinter parler de vie privée et d'humiliation, elle qui n'a de cesse d'intervenir dans la vie privée de tous et de toutes et de la soumettre aux projecteurs médiatiques lorsqu'elle ne lui convient pas, quitte à mentir sur les faits.

Non, ce n'est pas une quelconque affaire de soumission de la femme dont il s'agit ici, mais bel et bien une affaire de liberté et de conviction, et de la façon dont des adultes s'en débrouillent, bref, de toutes ces choses qui font subitement horreur à ceux qui font profession de les défendre, lorsqu'on se passe très bien d'eux. Elisabeth et ses nombreux clones sont semblables à ces vieilles femmes aigries qui s'immiscent dans la vie de jeunes couples dans le roman balzacien, qui font murmurer aux épouses inquiètes à l'oreille de leur mari : "cette femme me fait peur, elle veut notre bonheur". A ceci près que c'est aujourd'hui l'ensemble du système médiatique qui se donne autant de mal pour ressembler à une marâtre reliftée qui ne supporte pas que l'on se débrouille seul. Mais c'est pour notre bien, évidemment, et dans ce cas là, c'est un pieux mensonge. Un mensonge laïque, donc.

addendum : conscient du fait que cette affaire est sujette à de nombreuses interprétations, notamment à propos de l'alignement de la législation sur la charia, je préciserai juste à cet effet qu'il n'est pas étonnant qu'à partir du moment où on a tout fait pour faire des mariages-divorces des contrats juridiques semblables à des contrats commerciaux à clauses libres, avec la volonté d'en supprimer toutes les traces de tradition et de morale judéo-chrétienne, que les musulmans les utilisent selon leurs dogmes. Que cela suscite les cris d'orfraie de la part des différents protagonistes hypocritement libéraux-libertaires était aussi prévisible qu'écœurant. C'est bien parce que la législation ne s'appuie plus sur rien et qu'elle poursuit avec un zèle pointilleux cet ultime but, qu'elle est interprétable à volonté. On saura alors faire d'heureux parallèles entre cette virginale "qualité essentielle" et l'avènement prochain du mariage homo sous l'oeil des différences de traitements qu'ils suscitent.

II Moderne et Basta

Publié le 3/06/08 sur Ilys

Pour faire suite à ces histoires de virginité, qui n'ont finalement rien à voir avec l'apparition de la Vierge ni avec une quelconque détumescence de verge, on peut dire que tout est absolument prévisible chez le moderne modernant. Débat (oui il parait que c'est un débat lorsque tout le monde semble absolument d'accord sur tout et que les absents pas invités ont évidemment tords) chez Calvi sur France 2.

Je passe le blabla sur l'Islam rétrograde mais assimilable, les pauvres jeunes filles, les autres religions qui ne sont pas en reste, hein, qu'attendre, d'ailleurs, de la part de gens qui croient en Dieu et en une certains nombre de dogmes que ce soit de manière absolue (pas du tout cool) ou modéré (moyennement cool ) ou sceptique (en voie d'être cool et invité sur le plateau de télé, lieu supracool et moderne, ce n'est pas moi qui le dit c'est Fourest, qui s'étonne entre autre que des jeunes gens se promettent de rester vierges jusqu'au mariage (des protestants, hein ) et déclare "est ce que c'est ça d'être jeune et moderne ?" en effet, la contradiction peut difficilement exister sur ce sujet si le but est d'être absolument cool, moderne et jeune (l'âge n'est pas pris en compte, que les vieux ouverts à la coolitude se rassurent)).

Non, le consensus final, farouchement proclamé dans toute la rebellitude du moderne marchant sur le non-moderne dans toute sa tolérance éclairée et éclairante, c'est qu'il fallait "une fois pour toute" évacuer les principes qui relèveraient de "la morale et des mœurs" dans ces histoire de mariage annulé. "Et basta !" comme l'assène courageusement, au dernier moment, en conclusion, un juriste gominé à lunette qui veut montrer qu'il en a et qu'il n'a pas peur de ceux qui ne sont pas là. Qu'il en a une grosse. Comme Fourest. Oui basta? Pourquoi se prendre la tête ? On est moderne et basta. Ça sonne bien. Ça sonne tout court, avec la merveilleuse intransitivité de la pensée progressiste qui va de l'avant vers le futur. Les mœurs et la morale ? Basta ! Le mariage c'est un contrat. Basta. On signe et on passe à la caisse et basta. Annulation pour cause d'un passé de criminel de droit commun ? C'est la morale ? C'est les mœurs ? Ça se discute ou basta ? Une relation extra-conjugale avant pendant et après le mariage ? C'est de la morale ? Basta ! Des "incapacités à à avoir des relations sexuelles normales" ? C'est des mœurs ? De la morale ? Des mœurs moralisants ? Basta ! Si je donne ces exemples, c'est qu'ils constituent des causes actuelles d'annulation, comme, également, le mariage arrangé. Ou plutôt, on se demande ce qu'il va bien pouvoir rester comme cause d'annulation de mariage avec toute cette évacuation libératrice. On pressent de vagues complications. Ça va être tout de même difficile de compiler et décompiler ça dans des textes de loi. Sans mœurs et sans morale. Il semblerait même, parait-il que justement ces textes de lois se réfèrent, qu'on le veuille ou non, aux mœurs et à la morale. Que c'en est même la base. Qu'il faille, au préalable un consensus sur le bien, même commun. Et basta ?

S'il faut en finir juridiquement avec les mœurs et la morale, on va retrouver cet espèce de monde orwellien sans queue ni tête, la liberté c'est l'esclavage, la guerre c'est la paix. Moderne Orwell ? La morale c'est pas de règles ! Les mœurs, c'est pas de loi ! La justice c'est pas la morale ! Le moderne c'est ni bien ni mal ! Surtout en matière de religion et de zigounette ! Le moderne seul peut statuer. Et il statue qu'il ne statuera pas ! Car statuer serait statuer et c'est mal pour le moderne qui ne veut pas de morale du bien et du mal.

Sinon, pour s'en sortir, le moderne va tout de même être un peu obligé d'en faire, de la morale. La sienne, on aura compris. Pas celles des autres pas modernes et qui ne passent plus, surtout à la télé. Traduisez pas celle du symbolisme patriarcal. Pas bien ! Caca ! Le moderne croit qu'il peut faire passer l'énormité qui consisterait à dire que pour refouler les règles patriarcales ou religieuses il faut l'absence de règles. Au travers de nouvelles lois, bien sûr. Il peut le penser, car tout le monde le pense. Car tout le monde veut être moderne. Et jeune. Et cool. Et invité chez Calvi pour dire qu'il n'est pas vieux ni rétrograde et le chanter en chœur avec toutes les autres précieuses ridicules et faisant la farandole des modernes sans foi ni tables de loi, piétinant joyeusement toute l'histoire de l'humanité gisante et pétrifiée par tant de connerie satisfaite étalée en couches successives.

Et basta.

III-Vive les remariés par l'Etat

Publié le 17/11/08 sur Ilys

La cour d'appel de Douai (Nord) a cassé aujourd'hui le jugement du tribunal de Lille du 1er avril annulant un mariage à cause du mensonge de l'épouse sur sa virginité, "remariant" de fait les deux époux, a-t-on appris auprès de l'avocat du marié.

Bon. Voilà. Dans un sursaut républicain (et citoyen ?), la justice revient sur sa première décision. Ne doutons pas que de nombreux thuriféraires de l'anti-islamisme sauront célébrer cet évènement à la hauteur de leur compréhension de l'affaire, compréhension aussi objective que sont convergents leurs opinions en général, on retrouvera ainsi des natios excités, des féministes revenues de toutes les luttes de sous-vêtements, des croisés du web, des politicards micro-cravatés. J'avais bien essayé de deblayer le terrain, non sans me confronter à un certain scepticisme, en soulignant que ce fut bien le caractère privé (donc patriarcal) de l'affaire qui suscita, au fond, le tollé. Et donc le revirement judiciaire. D'ailleurs les attaquants de tous poils y allèrent tous de leur petite argumentation, mettant ainsi allègrement les pieds dans le camp adverse. On verra ainsi applaudir des islamo-sceptiques alors que cela conduira les couples musulmans à renforcer l'endogamie et le contrôle des mœurs en amont (même sous la forme hallucinée de reconstruction de l'hymen, qui a dit que la modernité était l'ennemi de la tradition ?), des féministes se réjouir qu'un couple où la femme, consentante au libertinage, puis au mariage, au mensonge puis à l'aveu et enfin à la séparation soit de fait remariée au maris bien marri, et enfin des politiques républicains-cains-cains jusqu'au bout de la nuit se féliciter d'une courageuse avancée de justice de plus dans les mœurs, mœurs dont ils contribuent la plupart du temps de manière bien plus discrète à accompagner la destruction et donc, le durcissement caricatural chez les réfractaires, cette affaire ne faisant pas défaut si l'on passe deux secondes à imaginer les conséquences dans les milieux bien plus intégristes que celui d'où provenait ce couple.

Des lectures à l'emporte-pièce concluront à une rapide collaboration de votre serviteur à l'envahisseur musulman, comme si l'envahisseur musulman avait quelque chose à foutre d'une annulation d'annulation de mariage; comme si l'envahisseur n'avait déjà bien intégré le flottement caractéristique des références morales en matière juridique. Cette affaire participe activement à la liquidation du patriarcat, je le répète, la seule raison pour laquelle les politico-médiatico de tous bords se sont emparés de cette histoire est que l'on pouvait, en tordant les faits, ressortir une énième fois le couplet sur la femme soumise, en l'occurrence par l'acceptation d'une morale sexuelle (ridicule, en effet, mais inoffensive et qui plus est privée) traditionnelle. Au même moment où en coulisse, les mêmes politico-médiatiques participent au soutient de constructions de mosquées et d'ouvertures d'écoles coraniques.


lundi 8 juin 2009

Muray : on réouvre



Suite à mon article sur la bibliographie de Muray, je publie le commentaire final d'Orcul (merci à lui pour son travail de recherche) qui complète la liste des publications :

"
Suite à l'article sur Cultural Gang Bang je tiens à ajouter quelques inédits.

Mais tout d'abord quelques mots sur le post d'Il Sorpasso. J'ai lu la quasi totalité des livres de Philippe Muray, à l'exception de son premier, Une Arrière Saison et de l'essai L'Opium des lettres. J'ai trouvé Une arrière saison deux fois à vendre sur Internet, à des prix très élevés. Ces deux ouvrages semblent très rare. Néanmoins, quelques bibliothèques les possèdent,comme celle de Paris ou de Genève. Le provincial que je suis n'a pas trouvé ces deux livres près de chez lui (à 200km à la ronde).

En ce qui concerne le contenu des premiers livres, je dois dire que le pressentiment d'Il Sorpasso était vrai. Il y a un changement à partir du XIXe Siècle à travers les âges. L'humour et ses thèmes de prédilections sont présents dès ses premiers romans,mais le style est moins efficace. Ceci ce retrouve d'ailleurs dans ces deux derniers romans, Postérité et On Ferme (toutefois meilleurs ). Malgré mon admiration pour cet écrivain, ces récits me laisse l'impression d'être des brouillons. Des idées mais un récit chaotique qui ne tient pas la longueur du texte.



Comme je l'écrivais, j'ai trouvé la revue l'Inconvénient. Je l'ai achetée à une librairie québecquoise, par le biais de son site Internet.

J'ai également trouvé quelques inédits.

Tout d'abord sa participation au magazine de bandes dessinées A suivre. La liste complète se trouve ici.


Grâce à la bibliothèque de ma ville, j'ai pu consulter les articles écrits dans la rubrique actualités. Si la plupart de ces textes ne sont que des critiques de bandes dessinées, Philippe Muray s'est également permis quelques libertés sur le choix de ses livres. En voici quelques exemples:

-pour le n°1(fevrier 1978), le livre de Paul Gillon,Histoire du socialisme en france
-n°2(mars 1978), Maurice clavel Deux siècles chez Lucifer
-n°3(avril 1978), Cahiers Céline,lettres et premiers écrits d'Afrique 1916-1917
-n°5(juin 1978), le dossier A Suivre:un spectre hante la Russie(Le fait divers)
-n°8(septembre 1978), Philippe Nemo,Job et l'excès du mal
-n°19-20(août-septembre 1979) article : Les blancs ont des idées...les indiens ont des visions
-n°171(avril 1992) article : le Festin Nu + Burroughs clandestin

On trouve également des inédits dans les revues Tel Quel, l'Infini et Art Press.

En ce qui concerne la revue Art Press les articles sont dans les numéros 19,51,123 et 158. Pas de commentaires faute de n'avoir pas encore mis la main dessus.

En revanche j'ai lu, en bibliothèque, les articles de Philippe Muray dans Tel Quel80 et 89. Il y a aussi un article de celui-ci dans le numéro 94, mais je ne l'ai toujours pas trouvé.

-Tel Quel n°80 (été 1979), "le corps glorieux de l'écriture"
-Tel Quel n°89 (automne 1981), "la syncrétinisation, Balzac,le XIXe siècle-la fornication de l'occulte", l'article est assez long (35 pages).

Enfin, voici l'inédit le plus attendu, l'extrait de son journal intime. Il a été publié dans la revue l'Infini (n°6, Printemps 1984), sous le titre "Une étoile m'a dit". Il est précédé d'une introduction de Philippe Muray. Celui-ci explique qu'il le publie pour évoquer "ce qui se passait pendant qu'il composait le livre". L'extrait s'étend sur 14 pages.

Orcul "



Addendum, d'Il Sorpasso : je me porte acquéreur de
Jubila
Une arrière-saison
L'opium des lettres
L'infini n°6

Faire offre en écrivant sur "commentaires" (ne sera pas publié)

PS : @Orcul : envoyez moi votre adresse mail

mercredi 29 avril 2009

L'intervention du législateur est donc devenue indispensable.


Ça y est, ils l'ont fait. L'inceste est désormais "inscrit dans le code pénal". Comme prévu. Stade annoncé de la fin de civilisation. La première phrase de l'article est révélatrice. Droit au but. On ne sait plus de quoi on parle, c'est tout à fait normal. Je cite : "Vers la fin du tabou de l'inceste.". Oui, tout à fait, sérieusement. Avec tout le sérieux inconscient d'une époque qui signe la fin de toutes les autres. On confond, avec toute la logique d'après le monde de la pensée critique, tabou de l'inceste, fondement de civilisation, et tabou sur l'inceste. C'est la même chose pour eux. Et encore, c'est bien le tabou sur l'inceste qui leur semble plus répréhensible que l'acte incestueux. Levons le voile ! Le texte de loi officiel croit faire la différence. On y souligne la différence entre le de et le sur. Sans trop expliquer pourquoi, alors que c'est bien cette différence, ou plutot sa confusion, qui est à l'origine de cet amendement. Numéro 1538. Un petit rappel pour signifier qu'en voulant en faire un crime spécifique, on en fait bien un crime comme les autres. Pour faire plaisir aux victimes, pour bien montrer qu'on ne rigole plus. On ne plaisante plus avec les tabous. Il y a plein de choses croustillantes de désolation satisfaite dans cette proposition de loi. On y apprend, sans sourcer, que 3% de la population française a été victime de ce fléau. C'est beaucoup, 3%. Surtout pour un crime tabou de chez tabou. Ce chiffre sort-il de la dernière étude menée par la commision Estrosi ? Issu d'un sondage du genre l'homme qui a vue l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours ? Avez-vous été ou conaissez-vous dans votre entourage ? Oui ! Plein ! Evidemment ! On en parle pas assez ! On pourrait revenir sur ce terme de fléau. Maladie. Pandémie. Qu'il faut enrayer. Santé publique. Tout un paragraphe sur les conséquences de cet odieu fléau. Allez, un extrait :

Enfin, son intégrité est attaquée : le tabou sur l’inceste (interdit du dire) s’étant insidieusement substitué au tabou de l’inceste (interdit du faire), la société s’est fait le témoin muet de situations pourtant intolérables. Leur singularité sous-estimée et leur « barbarie » ont jusqu’ici fait obstacle à notre entendement et la France s’est de fait privée de nombre des outils indispensables à une prévention et à une lutte plus efficace contre l’inceste. De même, elle n’a su mettre en oeuvre une véritable politique d’accompagnement des victimes.

L’intervention du législateur est donc devenue indispensable.


Oui passons de deux à cinq ans pour les peines de prison encourues! Ça va en calmer quelques uns ! Mais ne nous y trompons pas, tout est bien dans lutte préventive. Flicage. Suspicion. L'intervention du législateur est donc devenue indispensable. Pensez donc. Trop banal l'inceste, dans sa barbarie qui dépasse l'entendement. Allons -y tapons dans le scolaire ! Éduquons !


(1) L’article 4 complète donc le code de l’éducation pour y renforcer l’information sur les violences, notamment sexuelles, et sur les comportements à adopter face à elles, et l’éducation à la sexualité. Des initiatives locales particulièrement efficaces ont été observées par la mission sur la lutte contre l’inceste et cette précision du code de l’éducation permettra de les généraliser, de les perfectionner et de mieux les valoriser.

(2) Cet article complète aussi le même code pour y renforcer la formation des professionnels de l’enfance et de sa protection sur les questions des violences sexuelles tout en favorisant l’émergence de plus fortes interactions entre les professionnels par la pluridisciplinarité et la mise en commun d’une partie de leur formation. C’est la une disposition particulièrement attendue par les acteurs de terrain pour lesquels la création de réseaux interprofessionnels est devenu un outil indispensable.

(3) Le parcours judiciaire, très souvent période de stress intense pour la victime qui est appelée à revivre son agression et à se confronter à un système dont elle ne comprend pas nécessairement le fonctionnement, est anxiogène et générateur de tensions voire de conflits. Ceux-ci nuisent naturellement aux victimes. Mais ils mettent aussi en cause le bon déroulement des procédures et exposent les professionnels. Il est donc apparu plus que nécessaire de donner à ces professionnels les outils, notamment en matière de psychologie, utiles à la réalisation de leur mission dans les meilleures conditions.

(4) Enfin, l’article 5 permettra à l’audiovisuel public d’accomplir une mission d’information sur la santé et la sexualité dans laquelle s’intègre la prévention contre les violences sexuelles notamment à l’encontre des mineurs.

L'audiovisuel public à la rescousse ! L'immaculée télévision ! Maman virtuelle , protège-bous du mâle ! Quand on sait que l'étude statistique prenait en compte les "vidéos à caractère pornographiques" qu'un adulte pouvait soumettre à un enfant comme crime incestueux. Ce n'est pas dans un talk-show qu'on va vous étalez en large et en travers les détails de touche pipi de Mme X qui écrit un livre là dessus, pour dépasser tout ça. On trouve même le terme de résilience dans ce texte, comme ça, pour bien montrer qu'on a rien compris à rien, mais ce n'est pas grave, les bulldozers sont avancés.

Alors que 3 % des Français ont déjà souffert de ce fléau, il est de la responsabilité du Législateur d’apporter une réponse de justice, protectrice et disposant à la résilience.

Maman-Etat est là, mon petit. L'intervention du législateur est donc devenue indispensable.

Allons à l'essentiel, c'est bien là la signature définitive de la fin du Patriarcat, reposant sur des règles aussi vieilles que l'histoire, de Sophocle à l'ancien testament en passant par absolument toutes les cultures des micro-société primitives. On charge ce patriarcat de tous les maux, même de ceux qu'il savait le mieux réprimer pour sa stabilité même, en élevant au passage la parole de l'enfant comme absolue vérité, et dont on se charge de fournir les termes-clés qui sauront tenir le paternel un peu trop présent à distance. De cet interdit religieux, fondamental, sacré, on en vient à un crime des plus banals, qu'une cours d'assise se chargera de régler à sa juste mesure, lavera à sa façon aseptisée. C'est l'éclatement de la notion de famille et de son double organique, la civilisation, qui se déroule ici, par ces substitutions de langage, de faute, de responsabilité, de suspicions. Plus rien n'est sacré, tout est pénal. Horizontalisation du péché. Le père est aujourd'hui un criminel potentiel et son crime d'inceste révélé ou non, un crime comme les autres. Il est donc à prévoir que les crimes incestueux réels vont se multiplier, à cause de cette civilisation terminale qui jette le père avec l'eau de la Loi et qui fait trôner l'enfant martyr fantasmé à sa place. Avec son infect jargon qui ne sait même plus comment cacher la répulsion que lui inspire cette famille qu'ils rêvent tellement de voir aux ordres, c'est à dire morte.

Plus largement, c’est aussi la société dans son ensemble qui souffre de l’inceste. Ses fondations sont attaquées : la famille, espace de protection, d’amour et de socialisation par excellence devient dans un climat incestueux le lieu du martyr de l’enfant et l’outil d’annihilation de sa parole. Sa principale richesse est attaquée : l’enfant, citoyen en devenir, porteur de nos espérances les plus essentielles, est nié dans son humanité.

J'attends pour ma part le jour sacré où l'on comprendra que c'est bien toute cette civilisation post-moderne qui, en croyant protéger la famille de ses écueils, se substituant à elle, la fait imploser, avec toute la haine que lui inspire le sacré et le privé, c'est à dire le patriarcat, sa liberté et ses risques conséquents. Que ce sont bien l'Etat et ses lois qui sont désormais, à un stade global, en état d'inceste permanent envers la civilisation.





vendredi 10 avril 2009

Minimum syndical

lundi 16 février 2009

Glôbôl

Il est très rare de trouver des témoignages et des articles pertinents concernant le monde du travail dans les entreprises internationales "prestigieuses". C'est dommage car c'est extrêmement révélateur des transformations en cours. Certes on pourra gloser à l'infini du monde de la finance, des think tank, des politiques (hommes, partis ), des médias, des idéologies, de la géostratégie, de l'immigration, etc, dans ces domaines, les matériaux ne manquent pas. C'est donc avec un certain bonheur que j'ai découvert un excellent article sur le site de l'association E&R (association dont je me tape allègrement, pour couper court à toute polémique), signé d'un certain César.

vendredi 13 février 2009

Bonjour, connard


On dit la politesse dans un sale état. Les gens se parlent mal, ignorent les formules d'usage, font preuve d'un comportement pressé et agressif, quand ils ne viennent pas directement à l'insulte ou à la bousculade. Les sauvageons pullulent.

Pour ma part, je m'empresse d'être le plus urbain possible, autant par habitude et éducation que par volonté de common decency. Il n'est anodin, d'ailleurs, que le terme de politesse, sans doute trop élitiste, ait été remplacé par l'injonction du vivrensembleuh, ce qui n'est évidemment pas du tout la même chose. Le vivrensembleuh laisse entendre un rapprochement chaleureux, encouragé, alors que la politesse, à l'inverse, permet à chacun de négocier au mieux son espace vital sans nuire aux autres et réciproquement. Pour éviter, précisément cette familiarité qui ne peut déboucher, en contexte de promiscuité, qu'à l'animalité la plus barbare.

J'use et j'abuse de formules de politesses autant que faire se peut. Mais voilà, alors que l'on croit qu'au pire, on aura affaire à un silence méprisant ou à une réponse brutale, lorsque l'on s'adresse par exemple à ce magasinier, à ce vendeur de grande enseigne*, à ce policier dans la rue, à ce guichetier des PTT ou de la SNCF (l'uniforme étant le point commun, à ce que j'ai pu observer), on s'entend répliquer, vous interrompant crûment, au "excusez-moi mademoiselle (madame, monsieur), pourriez-vous s'il vous plait" un acrimonieux et grimaçant "Bonjour ". Vous obligeant à reprendre par "ah, pardon, oui, BONJOUR, donc, excusez-moi, etc...". Ce Bonjour est des plus vulgaire, offensant, parce qu'il croit être un rappel à l'ordre d'une politesse élémentaire, alors qu'il n'est que de la plus infâme goujaterie. Il n'a rien à faire là, ce "Bonjour".

Ce Bonjour qui interrompt une formule de politesse est une insulte, purement et simplement. Ce Bonjour vous fait passer pour un mufle alors qu'il est professé par un petit apparatchik qui a probablement appris il y a deux semaines, lors d'une formation coûteuse, qu'il devait s'adresser aux "clients" en commençant par un Bonjour et le balance comme une injure, afin de vous faire comprendre que vous l'importunez alors que vous ne faites que solliciter ce pour quoi il est payé. J'avais lu, je ne sais plus où, que les services administratifs de la Russie soviétique étaient un vrai délice (si tant est que ce genre de service puisse l'être, enfin) pour les usagers. En effet, les guichetiers et autres préposés pouvaient faire l'objet de plaintes de la part des usagers-citoyens-camarades-prolétaires et se voyaient alors violemment rabroués.

En France, particulièrement, la présence de syndicats et d'idéologie gauchisants dans ces métiers, ayant assurés des avantages acquis divers, à commencer par l'indéboulonnabilité et l'étanchéité totale quant aux récriminations des usagers, a provoqué ironiquement l'effet inverse de ce qui se passait en URSS : le moindre petit gratte-papier ou employé peut, s'il le souhaite, et des façons les pus déplaisantes, vous parler comme à un handicapé mental ou même vous faire perdre un temps précieux aussi longtemps qu'il le souhaite. Sans parler des éventuels déboires kafkaïens quant aux documents à fournir et aux procédures à suivre. Leur pouvoir est sans limite.

Cela peut quelquefois tourner en votre faveur, il m'était arrivé d'avoir besoin de me faire faire un passeport pour pouvoir me rendre au Maroc en urgence. Après avoir longuement attendu mon tour, avec mon petit bout de papier numéroté (je ferai l'impasse sur les populations en présence et l'ambiance générale) et alors que j'attendais plus ou moins de me faire jeter comme un indigent par une fonctionnaire ménopausée, j'eus la surprise de voir mon dossier mis sur la pile de gauche, la rapide, car j'avais eu affaire à une stagiaire d'origine marocaine qui s'était pris d'affection pour mon cas. Cinq jours plus tard, le passeport était là. Bien évidemment il y avait une erreur typographique sur mon adresse personnelle, pourtant consciencieusement enregistrée dans le dossier ubuesque, mais j'ai gentiment fermé ma gueule et me suis tiré avec.

Après ce Bonjour insultant, donc, il faut s'attendre à ce que les choses dégénèrent, c'est à dire à ce que votre demande soit éconduite. A la recherche d'un produit le vendeur ou le magasinier vous dira "AAAAAh y'en a pus, faut revenir" alors que finalement, quelques instants plus tard, vous tombez par hasard dessus; le policier vous donnera une adresse bidon d'un air exaspéré. Dans une institution publique, on vous demandera des papiers qui n'existent pas, et on perdra votre dossier.

Le pire semble se jouer aux guichets SNCF ou PTT. Ces derniers, depuis qu'ils ont entrepris de faire des bénéfices, essayent de vous refourguer des lettres prétimbrées alors que vous voulez JUSTE des timbres, ou vous refiler un collissimo quelconque et cher qui arrivera en deux heures, sinon c'est quatre jours pour le service "normal". Curieuse notion de service public, où on peut payer plus pour avoir un mieux que l'on s'étonne qu'il ne soit pas la norme. A la SNCF, obligé d'aller au guichet pour avoir un service ou un renseignement particulier (il ne vaudra donc mieux ne pas être pressé, si vous l'êtes, c'est la vieille devant vous qui demandera tout les itinéraires et horaires possibles pour aller à l'autre bout du pays afin d'économiser deux euros, tout ça pour dans trois mois) dès que vous aurez émis une demande bien précise afin d'éclairer les méandres des droits et remboursements du client, on vous répondra non avec un air ahuri comme si vous aviez demandé si le prix de la fellation était inclus, alors que vous voyez bien que le moustachu qui vous répond n'a pas compris le moindre mot à votre réclamation, que vous reformulez autrement pour le piéger. Il va ensuite demander à "son chef" un autre moustachu, l'air très inspiré, qui vous regarde par dessus ses lunettes, sans doute pour savoir si vous avez une tête à "faire chier", et fait également non de la tête à son sous-fifre qui vient vous résumer cette objection. Sous-fifre auquel vous reformulez une troisième fois votre demande d'une manière encore différente, alors là, le chef s'amène himself, et vous lui résumez tout depuis le début. Normalement, il finit par vous dire, agressivement "ah non ça c'est pas possible" sans vous expliquer pourquoi ce n'est pas possible. Des envies de meurtres doivent normalement s'ensuivre.

Qu'on se rassure, les bornes informatiques remplacent tout ça. Quand elles fonctionnent, elles sont très compétentes et très polies, bien que je soupçonne la volonté, dans le cas de la SNCF, ayant remplacé les anciens écrans tactiles, qui marchaient très bien, par des nouveaux qui marchent moins bien, vous obligeant à appuyer comme un con sur une touche virtuelle qui ne reconnait pas votre doigt, de conserver cet esprit très service public jusque chez les automates.


*contrairement à ce que l'on pourrait croire à ce sujet, le secteur privé semble être bien plus corrompu par le public que l'inverse

dimanche 8 février 2009

Faire-part de départ

(ILYS, le vingt-huit février 2008, sous le titre "Faire-part d'euthanasie")

(...)-Tu y vas, toi, à la fête de départ de Gérard ?

- Je sais pas trop. Bon il m'a envoyé le faire-part, mais j'ai plus grand chose à lui dire. Ça me gêne un peu ces soirées où les futurs partants prennent le premier plan...

- Ouaah c'est normal, attends, t'en feras autant.

- Non, non, je sais pas... je verrai...

-C'est juste une soirée d'adieux. Pas prise de tête. Après il fait le truc intime avec les proches, la famille, pour le départ, juste quelques-uns qu'il a choisi.

- 'tin, moi j'aurais peur qu'on m'envoie chier pour ce genre de truc, que des gens refusent. Y a plus que ceux qui attendent l'héritage qui y vont. Et les curieux. Non, franchement le discours genre "je décide de tout, même de la date, je maitrise, j'adore la vie et maintenant j'adore la grande aventure qui se prépare" pfff, après avoir tout merdé dans leur vie, ils essayent tous de se rattraper là dessus. Mais c'est vrai, j'ai assisté à plusieurs départs, y'en a que pour la famille proche, et toujours les mêmes trucs chiants..

-Gérard c'est différent, il a un cancer, quand même.

-Ouais, c'est vrai. Mais il imite les sliders [ndla : ceux qui partent sans être malades ni physiquement ni mentalement] quand même, le côté festif, tout ça. Comme si, même le cancer il l'avait prévu, planifié, pour cacher sa trouille. Il joue même au duel !

- Au quoi ?

- Tu sais là, ceux qui testent la douleur, pour voir, et quand c'est trop dur, ils partent, comme un défi, voir si ils tiennent jusqu'au bout..

- Tu veux dire jusqu'à ce qu'ils claquent ?

- Hihihi. Ben ouais, mais en général il partent tous avant la naturelle..C'est surtout pour se rendre intéressant..Au final, on en sait pas plus sur ce qu'ils ressentent vraiment comme douleur, c'est con à dire, mais voilà, quoi

- Et ça me rappelle, tu te souviens, Marie ?

- La bonasse de chez Corpax ?

- Ouais, et ben, sa mère, bon, quand elle morte, elle voulait pas dire ce qu'elle laissait, à qui, comme héritage, y'avait gros, ben la famille, l'ont pas voulu la laisser passer avant de savoir qui avait quoi, du coup, il ont fait durer, et y parait qu'ils ont payé le doc pour qu'il l'assiste jusqu'à la naturelle, à l'ancienne !

- Putain c'est dégueulasse ! ...En même temps, elle l'a cherché, la vieille... C'est quoi ces combines avec le blé, elle pouvait pas être plus transparente ? Y'en a vraiment qui font chier jusqu'au bout ...

- Ben, c'était une vieille, tu sais, elle faisait ça pour être entourée, même hypocritement..

- Tu vois où en est ? Ils ont tous la trouille, nom de dieu ! C'est pas la douleur qui leur fait peur, c'est le gouffre, le mystère, le néant, personne ne veut être seul pour ça !

- Ouais, peut-être, mais enfin, ils ont le choix, c'est mieux qu'avant, quand même !

- Vas dire ça aux vieux pauvres sans famille de l'hosto public, comment qu'on les pousse à dégager. Y'en a qui gueulent, tout ça, mais non seulement tout le monde s'en fout, mais la plupart, ils se résignent, ils le font, alors qu'ils sont comme les sliders, pas malades, rien, enfin, pas de souffrance, juste ils coûtent cher, on les fait culpabiliser.

- Mais on les obligent pas !

- Pas vraiment. Mais comme ils sont seuls, tu vois, et qu'ils se sentent inutiles, à en crever justement, le doc leur dit avec du miel que ça serait bien, pour la société, tout ça, et hop, ils dégagent. Mais au final, c'est très étrange, parce que dégager les fait se sentir utile comme un sacrifice et ça annule leurs peurs. Sont peut-être les plus heureux de tous à partir. Ça a du sens pour eux.

- Hin ! T'es con !

- J'te jure. Mais il parait qu'il y en a qui refusent, qui partent sans aide

-De quoi?

-Sans aide, quand ils peuvent encore bouger, tout ça, ils montent sur le toit et ils sautent, ou ils s'ouvrent les veines..

-Bouarkk ! Ch'ais pas comment ils font. Pourquoi ils font ça d'abord ? Alors qu'on leur offre le départ !

- Peut-être qu'ils veulent être seul, prendre...prendre une vraie décision, un truc comme ça, au moins une fois dans leur vie..

- Pfff ! Ça devrait être interdit de partir comme ça tout seul, sans assistance...Société de merde....vraiment, quoi..y'a encore quand même beaucoup de travail pour que les gens admettent le partir-ensemble..encore trop de ces individualistes.. archaïques..ces putains de..de monstres..

dimanche 1 février 2009

Mélenchon, pauvre vieux con

(ILYS, le 14-04-08)


Mélenchon chez Ruquier. Contre le retour de la “religion” bouddhiste au pouvoir au Tibet. Fasciné par la Chine, son “histoire millénaire”, sa révolution culturelle. Contre les aristocrates, le néolibéralisme, l’oppression bourgeoise. Contre la religion, opium du peuple, comme il le pense si fort, contre la confusion religion-politique comme il le dit finalement. Quand est-ce que cette caricature formolée comprendra que le communisme est une religion sans transcendance ? La croyance au progrès et aux lendemains qui chantent un ersatz du paradis chrétien. Ce dernier ayant l’avantage d’être irréfutable, car inobservable. Que le travail pour la collectivité, la lutte des classes, n’est qu’une pale copie du sacrifice christique. Que les apparatchiks cocos sont une aristocratie sans noblesse : corruptions, cooptations, réseaux familiaux, achats et ventes de titres. Que même l’inquisition chrétienne n’a jamais réussit à stopper la publication et la circulation de livres la dénonçant, contrairement au PCC. Et que les chinois sont des cons. Ce qui explique cela peut-être. Matérialistes et rien que ça. Mais qu’a t il trouvé de seulement beau en Chine ? Sa stupide morale confucéenne ? Son absence totale de compassion ? Son nationalisme ridicule et boiteusement mis en scène par des chorégraphies grotesques et humiliantes comme jamais une oppression bourgeoise ne l’a été ? Bon, il y a quelques estampes et quelques céramiques. Comparées aux trésors européens de la même époque, on rame. Sévère. Surtout qu’elles furent produites en régime féodal, justement. Un vers de Lao-tseu n’aura jamais le milliardième de mystère d’une parole d’évangile. Les publications sur le sujet témoignent. Et même. Même. La dictature chinoise n’accouchera de rien. Pas même d’un Soljénitsyne ni d’un Primo-Lévi. Pas même le Bien de son Mal. C’est la dictature la plus lamentable qui ait jamais existé. Si je peux admettre que l’agitation pro-Tibet est puérile et creuse, que la féodalité bouddhiste est effectivement morbide, et que j’ose penser, contrairement à Mélenchon, que c’est en partie à cause de la vacuité de ses dogmes, il est indubitable que son “attachement à la Chine” est le degré zéro de…de quoi au fait ? De rien, en vue des contradictions. Le degré zéro tout court. D’autant qu’il les donne, les raisons pour ne pas soutenir le Tibet. Pour se moquer des tartuffes droitd’lhommistes. Alors pourquoi s’embourber dans la larmichette pour Mao ? Ça fait belle lurette que les bourgeois néolibéraux ne s’en effraient plus, de sa catastrophique révolution “culturelle”, pittoresque, au pire ! Qu’ils ont eux aussi bien intégré la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Et qu’ils finissent par l’aimer ce Mélenchon, comme ils aimaient feu Arlette et tous les autres déculpabilisateurs kitchs et amusants de TV shows.

mercredi 10 décembre 2008

Reconnaissance

Mon texte dédié aux petites frayeurs télévisuelles convenues (Chez nous, y'a pas de pédés...) suscite beaucoup de commentaires, auxquels j'ai cessé de répondre, mais que je continue à publier. Il est vrai qu'il y a des chances que ceux qui s'y échouent via des recherches google du genre "yann barthès homo" ou "yann barthès gay" (ils sont nombreux) doivent être un brin déçu par la teneur dudit texte, qui ne fait nullement allusion aux mœurs privées du présentateur vigilant. Ainsi, j'ai eu la surprise de lire ceci :


on m'a conseillé ce blog , disant qu'il est tout bonnement infect !
Ils avaient raison je crois (pour ma part en tt cas !)
=) salutation !


Enfin, la reconnaissance tant attendue vint ! Et cela uniquement par la grâce du bouche à oreille. J'en fut tout ému. Je vais en faire une petite bannière.

mardi 25 novembre 2008

Le ferry

La première chose que je me suis dite, en arrivant à Hong Kong, enfin, dans le taxi me menait à l'appartement fourni par la boite, via une rocade semi aérienne à huit voies, slalomant entre les constructions gigantesques, c'était que la vie ici aurait quelque chose à voir avec celle de ce type qui squattait à Roissy et dont Spielberg a fait un film niait : le terminal. D'une histoire terrible, un type privé de passeport et interdit de circuler ailleurs que dans la zone internationale de l'aéroport suite au putsch dans son pays d'origine, type qui a finalement choisi de continuer à errer dans cette zone bien après avoir obtenu la possibilité de s'en échapper, un type coupé de tout, comme vampirisant les existences en transit des milliers de gens qui passaient devant lui chaque jour, de cette tragédie symbolique, Spielberg en a fait une bluette stupide et humaniste. Et apparemment, ici, tout le monde s'efforce de faire du Spielberg, vainement. L'appartement est de taille correct, avec évidemment une belle vue sur la baie et un climatiseur, le quartier..et bien en fait il n'y a pas vraiment de quartier. Hong Kong est une bande de terre scarifiée par des alignements de grattes-ciel, coincée entre montagne et bras de mer. Il y a évidement une majorité d'asiatiques, mais, étrangement, les seuls visages qu'on a l'impression de croiser sont ceux des nombreux occidentaux, mines défaites de naufragés échoués sur ce rivage bétonné, cette jungle artificielle à date de péremption sans cesse repoussée, ballotés par le reflux insensé d'une mondialisation à tronche de centre commercial. En reprenant un taxi direction la boite, un bruit sourd attire mon attention : je vois se lever, chancelante, une vieille femme devant une voiture qui vient de la heurter. Son regard est vide, un jeune homme l'aide à se relever tout en hurlant sur le conducteur, les gens regardent mais continuent à marcher. Dans la rue, tout est propre, mais l'air, en plus d'être suffoquant, est puant : odeurs d'arrières-cours de cuisines. Les immeubles d'habitation, gigantesques, sont striés de climatiseurs, d'où dégouline une crasse qui noircit le crépis. On dit que la consommation d'électricité ici est la plus élevée au monde, en rapport de surface au sol. Je retrouve Daniel, mon chef, qui m'avait fait passer l'entretien d'embauche à Paris. Daniel est gros, Daniel est grand, Daniel a cinquante-deux ans mais fait moins, Daniel a réussi, Daniel est marié, a trois enfants, Daniel semble heureux, Daniel veut que je le tutoie. De toute façon je ne verrai pas Daniel souvent, je serai souvent en déplacement dans "la zone asie-pacifique". Daniel est la seule personne que je connait ici. Daniel me parle quelquefois en anglais, sans faire attention. Daniel se suicidera dans trois mois suite au départ définitif de sa femme et de ses enfants pour Paris. Daniel est piégé. Il ne doit même pas savoir comment c'est arrivé. Le week-end, dans HK, il n'y a rien à faire à part boire, se faire masser et baiser. Cela peut paraitre intéressant, en réalité ça flingue rapidement la santé mentale. Je sors souvent là où vont tous "les expat" : dans le quartier des "bars à expat". Il y a beaucoup de jolies chinoises, apparemment là pour faire du chiffre et vous en donner pour votre argent. On se prend rapidement pour un riche. Loin de tout, tout est permis. Il y a aussi beaucoup de filles expat' occidentales. Elles sont tristes, mais pas trop agressives; elles n'ont plus aucun pouvoir. Un brin de prétention, comme un tic de langage, à la limite, qu'elles corrigent d'elles-mêmes. Il y a une profonde disymétrie : pas de jeunes hommes chinois hétérosexuels à acheter. Les hommes occidentaux préfèrent ne pas se prendre la tête avec elles. Je suis arrogant comme seul un contexte d'opportunité sexuelle régulière et assurée l'autorise. Au début, on a des remords à impressionner la jeune chinoise-qui-parle-anglais-qui-fait-ses-études-de-commerce-international. On est naïf. Certains expat en tombent amoureux, souvent ceux qui n'ont rien connu de mieux chez eux. Comment leur en vouloir ? Ils recréent rapidement l'état de dépendance monogame qu'ils n'ont pas connu mais dont ils ont été nourri. Des fois, je les sens craquer quand ils me parlent, après quelques verres, leur appétissantes "San" "Sing" "Ling" autour du bras, ils ne savent plus trop ce qu'ils font, ce qu'ils doivent faire, mais il parlent, parlent, sans s'arrêter, comme s'ils n'avaient jamais parlé. Les chinoises m'ennuient vite. Je me rabat sur les working girls. In fine les françaises. Finalement je suis comme les autres, quelque part. Je veux tomber amoureux, jouer un futur jeune papa. J'ai un rictus mauvais en enchainant les Heineken, bercé par la musique, les lumières qui tournent.. Le dégout de soi est grisant. En les draguant, ces françaises, elles qui sont loin de tout ce qui les retient, famille, amis (bien qu'elles trouvent encore le moyen de sortir avec des collègues). En leur présence je déshabille du regard sans ménagement les chinoises célibataires qui me font de l'œil, seules au bar. Je prends l'habitude de donner rendez-vous dans une espèce de pub pourvu de petits écrans discrets qui passent en boucles des extraits à la limite du porno : des caméras de surveillance ayant pris sur le vif des couples, le genre mal filmé qu'on retrouve sur internet. C'est amusant. Je discute avec Sandrine, qui a fait une école de commerce à Dijon, Sandrine est grande, Sandrine a les cheveux châtains, Sandrine porte un top blanc, Sandrine transpire un peu malgré la clim, Sandrine a un cul merveilleux, Sandrine habite dans un appartement minuscule, Sandrine portera une nuisette grise en coton, sans culotte, quand je la retrouverai directement chez elle les WE suivants, tard dans la nuit, après avoir effectué ma tournée habituelle des bars, seul. Il y a évidemment un gardien d'immeuble, dans l'immeuble de Sandrine, un chinois qui dort dans son uniforme bleu. Je ne sais pas s'il me reconnait quand je passe, s'il sait ce que je m'apprête à faire, lorsqu'il m'ouvre la porte en souriant et en hochant la tête. Ils font tous ça. Ils approuvent ? Très bien. Moi aussi. Sandrine aura longtemps hésité avant de m'autoriser à la raccompagner le premier soir, presque trop longtemps. J'ai du lui faire le coup de l'embrassade passionnée et violente dans une ruelle sombre, lui lécher la sueur qui perlait à la base de son cou. En arrivant, alors que je contemplais encore mécaniquement la taille ridicule de son logement, Sandrine s'était déjà allongée sur le lit, habillée. Elle avait mis une main dans son pantalon, commençait à se caresser, gémissant un peu, en me tournant le dos, comme si je n'étais pas là. Je me demandais si elle faisait ça tous les soirs. Cette nuit-là, je suis resté dormir. Allongé à contempler le plafond en me demandant qui j'étais en attendant l'aube, vaguement irrité par le ronronnement de la clim. Je repensais à ma première nuit avec une fille. De la première fellation. Dans une maison de proche banlieue parisienne, parents absents, Sandra, étudiante en arts graphiques, 18ans, de magnifiques cheveux bruns bouclés, dans sa chambre de petite fille, la pleine lune éclairant ses va et viens, là en bas, me suçait, donc. J'étais nu, debout, il y avait un petit miroir à ma gauche, je pouvais y voir mon reflet bleuté. J'avais un air démoniaque, je me disais "je veux baiser toutes les filles de la terre" en détachant bien chaque mot. Tout ça était très moyen. Déjà un peu effrayant. En fait, les chinoises baisent mille fois mieux, les asiatiques en général, tout le monde vous le dira. Mais rien à faire, le plaisir de draguer des françaises est bien supérieur à ces conversations pénibles dans un anglais approximatif. Quelle vaste connerie. En prenant le ferry pour traverser la baie, on croise des petits bateaux de pêche à moteur, qui font aussi office d'habitation pour des familles entières, des yeux fatigués vous observent d'en bas, des vies de misère, baignées de rejets d'hydrocarbures. Avec le tangage, on a souvent de fortes nausées les premières fois, on finit par s'y habituer, le visage se fige dans la même expression hagarde que les autres passagers. Le ciel est toujours gris. Il y a des panneaux publicitaires géants et usés, à la mesures des buildings qui les surplombent, placés au-dessus des quais de débarquement. N'y figurent que la marque de telle ou telle grande compagnie d'électronique.

jeudi 30 octobre 2008

Américanisation

C'était en région Rhone-Alpes, ça aurait pu être n'importe où ailleurs, dans une de ces nouvelles et modernes zones industrielles dédiées aux hautes technologies. Des cubes de tailles diverses, entourés de hautes grilles blanches surmontées de caméras aux angles, des pelouses immaculées sur lesquelles personne ne marchait. Un horizon composé de montagnes laides et froides, inhabitées, et un échangeur autoroutiers greffé sur une deux fois trois voies, très fréquentée par des camions, qui reliait deux grosses villes. Le milieu de nulle part. Impossible de se retrouver là sans en avoir eu l'intention. Mais, une fois pénétré, il était tout de même possible de s'y perdre, à cause d'une symétrie que se voulait fonctionnelle. Dans la zone, la circulation automobile se faisait donc sur un modèle simple et préétabli, c'est à dire un réseau de rues perpendiculaires crées pour l'occasion, dont les panneaux aux carrefours indiquaient par quelques flèches surmontées de logos lisses aux consonances new-age, en a ou en is, les différentes entreprises qui y siégeaient. Dans ces rues, point de piétons ni de commerces, évidemment, et en fait assez peu de voitures, sauf aux horaires d'ouverture et de fermeture, variables selon les postes attitrés. Pour déjeuner, quelques cantines intégrées aux structures, gérées par des sociétés spécialisées, servaient de la nourriture industrielle dans un brouhaha insupportable. En vérité, en milieu de de matinée ou d'après-midi, circulant sur ce quadrillage, on aurait pu se croire dans un milieu inoccupé par l'homme. En étant un peu ironique, ce n'était pas tout à fait faux. Heureusement, ce n'était pas moi qui conduisait, mais Thomas Cestain, ingénieur consultant, un grand, très nerveux, qui, lorsqu'il riait, donnait l'impression de faire de l'hyperventilation. Bien sûr il ne fallait pas compter sur moi pour driver qui que ce soit, d'ailleurs on nous avait envoyé en renfort un allemand, fort sympathique, c'est à dire pas très allemand malgré ses signes bien distinctifs : peau laiteuse, cheveux blonds et yeux bleus, air sain et dynamique, pour jouer ce rôle. Il s'appelait lui aussi Thomas, dont on prononçait, pour les différencier, le s de fin. Il semblait aussi novice que nous dans ce genre de boulot. Tant mieux. Parking avec gardien, badges magnétiques remis pour la durée convenue, bureaux accolés aux surfaces de montage et de stockage, hygiène irréprochable pour préserver les éléments électroniques fragiles et hors de prix, nombreux couloirs, hall, sas, réservés aux techniciens agréés, séparés par de lourdes portes coupe-feux jaunes à hublots. Nous terminions cette fameuse mission, dont le but ne nous était apparu clairement que vers la fin, mission commandée par le directeur financier d'une entreprise de matériel médical de pointe, entreprise co-détenue et gérée par trois multinationales européennes, spécialisées dans l'armement et l'électronique grand public. Le directeur financier était lui même allemand. Il refusait obstinément de parler sa langue maternelle avec notre Thomas pourtant heureux, comme bien souvent chez les teutons, de trouver un compatriote en milieu étranger. Nous l'apprîmes vers la fin, cet homme, aux costumes soignés, d'où ressortait une petite tête aux traits anguleux, avait été parachuté dans la boite pour faire le ménage, c'est à dire faire baisser les coûts. On aurait pu résumer notre travail à cette appellation, compréhensible par tous, mais les normes managériales officieuses nous l'interdisaient. Nous avions dû rebaptiser ça en "formalisation des processus indirects de production". Cela consistait à aller relever dans tous les services le temps passé à faire quelque chose qui n'avait pas été prévu par le process de prod, en gros, tout ce qui n'était pas écrit noir sur blanc dans les fiches de postes. Bref, les actes et paroles qui relevaient de l'improvisation face aux imprévus. Donc tout ce qui permettait aux acteurs (terme générique pour "employé", destiné à être pris au sens noble de celui qui agit, non pas de celui qui joue un rôle préécrit, étrangement cette dernière interprétation semblait être ignorée) de se sentir réellement responsable, donc vivant. Nous devions annihiler le hasard. Ou, plus précisément, jeter les bases de ce qui allait mener à encadrer la réaction humaine au hasard, selon la croyance indépassable que ce qui n'est pas contrôlé coûte toujours plus cher que ce qui l'est. Le flou entretenu par le financier sur le but de notre mission nous avait permis de passer pour d'inoffensifs consultants au sein du personnel, curieux de comprendre le fonctionnement de tout ce bazar, camouflage habilement mis en place par le financier lui-même, jouant sur la fraicheur de son arrivée, qui nous ayant joué un prodigieux rôle de naïf consciencieux, nous avait transmis une légèreté rassurante, attitude absolument nécessaire pour arracher le moindre renseignements aux acteurs. D'ailleurs le masque ne tomba qu'en ce dernier jour, lors de notre présentation-rapport devant le comité de direction et surtout devant le pdg, un belge à fort accent, imposant, chauve, à la communication agressive, d'autant plus redouté par ses directeur qu'il n'était que rarement présent sur le site. Un type infâme, manifestement payé pour stresser, menacer, terroriser. On pourrait croire que l'absence du chef permet aux divers cadres sup de souffler, il n'en était rien : amplifié par la structure internationale et financière complexe de l'entreprise, il était entendu que la création tout autant que l'avenir du site se décidait ailleurs et sur des critères drastiques et obscures de rentabilité et d'opportunité de marché, le tout discuté dans une langue autre que le français. D'autant plus lointain et impressionnant que le coût de fonctionnement de l'appareil de production high-tech était faramineux (machines de pointe, fournitures hors de prix, ingénieurs et techniciens spécialisés) , mais avait été mis en place pour ainsi dire du jour au lendemain, ainsi que nous l'avions appris. Bref, en conseil de direction, dans une salle volontairement minuscule et glauque, les cadres sup, auparavant charmants une fois l'inquiétude sur nos buts balayés par notre propre incrédulité sur la mission, avaient compris qu'il s'étaient fait piéger. C'était pathétique. Ces pères de familles (ainsi que les deux femmes quadragénaires mais elles, célibataires ) payés entre quatre vingt et cent vingt mille euros annuels, étaient mort de trouille. Ils jouaient leur travail, c'est à dire leur vie, ils le savaient. Sommés de s'expliquer sur les couts, au final assez impressionnants, engendrés par ces changements inopportuns des processus de fonctionnement (problème avec un fournisseur, changement de commande client, amélioration insignifiante issue du bureau d'étude) dont la cascade de conséquences, minimes, se transmettait de service en service. Mais ces couts (basés sur du taux horaires par service ingénieusement calculés pour l'occasion) n'était pas l'unique objet de cette débandade : ce qui n'était pas permis, c'est l'absence de contrôle sur la façon dont étaient traitées ces anomalies : réunions informelles, coups de fil, mails divers. Aucun suivi, aucun rapport, tout cela était en quelque sorte auto-géré. Et cela, on le comprit alors, était bien pire que les couts engendrés (qui d'ailleurs n'auraient baissé que très peu suite à nos reccomendations, elle-mêmes optimistes). Le plaisir de ces hasards reposait bien évidemment sur l'absence de consignes strictes à suivre : devant l'inconnu, face à l'urgence, les liens humains se resserraient, pas de papier à signer, de chef désigné, de responsable. C'était comme une revanche sur le système. Une revanche de l'homme sur la machine. Le lyrisme un peu cliché de l'image est malheureusement approprié, ce que conforte le pathétique de tout cela.
Bien que notre travail fut irréprochable (puisque mené à l'aveugle jusqu'à la veille de notre dernier jour d'enquête) le gros con de belge trouva tout de même le moyen de nous incendier, en mettant en cause nos calculs, auxquels il ne pouvait rien comprendre, puisqu'il n'avait pas pris la peine de lire le rapport. Là encore subtile manipulation ! Le directeur financier, agent infiltré aurait-on pu dire, avait tout validé, comme ne l'ignorait pas le belge éructant : le but était de faire passer ces chiffres comme trop gros pour être vrai, pour faire basculer la responsabilité et l'urgence sur ses directeurs de services, acculés, car les chiffres de base, ils venaient d'eux via moi et mes deux collègues.
En repartant, dans la twingo verte de Thomas le français, nous fûmes tout d'abord silencieux, en fait abasourdis par ce spectacle tragique. Une indignité de traitement aussi convenue, aussi improductive, des moyens intellectuels mis au service de toute une stratégie basée sur la duperie avaient quelque chose d'irréel. On ne nous aurait pas cru, nous avions du mal à y croire nous-même. Puis l'un d'entre nous lâcha le fond de sa pensée, et nous refîmes vivement le cheminement de notre travail dans cette boite pour comprendre à quel point nous avions été instrumentalisés. Bien sûr nous n'étions pas à ce point naïfs : rechercher des couts cachés n'est jamais sans conséquence, mais devant le bordel ambiant et la relative bonhommie des cadres et autres employés, nous ne pensions pas que notre rapport allait faire l'objet d'une telle récupération merdeuse, nous avions tablé sur une écoute concertée et studieuse, pas cette charge grotesque et infantilisante. Après tout, le responsable, c'était bien ce gros con de belge, il n'avait qu'à être plus souvent là ! Mais non, l'humiliation était bien le carburant du management distillé dans l'arborescence des ressources humaines de cette entreprise.
En fait, c'est une chose que j'avais déjà relevée ailleurs : à chaque fois que l'on laisse une certaine marge de manœuvre à un employé, en faisant tout un discours sur la responsabilité, l'autonomie, l'initiative et en lui laissant même parfois, suprême audace, définir ses objectifs de l'année, et bien la moindre erreur sera en réalité retenue contre lui. C'est invivable. On regrette vite les règles strictes.
Rentrés en ville, Thomas l'allemand déclina l'invitation à se bourrer la gueule avec l'autre Thomas et moi. C'était étrange mais il avait l'air d'être encore plus bouleversé que nous, pourtant la rigueur allemande, tout ça, on le supposait plus solide... En descendant une bouteille de raki, nous conclûmes dans le F1 de Thomas situé dans un quartier essentiellement occupé par des turques, que l'allemand réagissait en fait assez mal aux sautes d'ambiance. Doté d'une haute opinion du travail d'ingénieur, il avait du mal à supporter ce système anglo-saxon basé sur la manipulation et la duperie ainsi que sur l'humiliation et la menace en publique, dorénavant utilisés à toutes les sauces de facto. En revanche le français, aux sentiments plus fluctuants vis à vis des rapports hiérarchisés, pouvait se permettre, bien que dégouté lui aussi par un tel spectacle, une distance ironique héritée d'une vision latine, relativement anarchique, du monde du travail. La semaine suivante, nous eûmes les félicitations de notre propre supérieur : apparemment notre prestation avait plus au belge. Cela signifiait pour nous une forte probabilité de prime. L'année suivante, j'appris qu'une nouvelle équipe de débutants allait se charger de mettre en place un système de contrôle drastique, mission elle même baptisée "mise en place d'un système de coopération transverse".
Quelques années plus tard, en surfant sur facebook, je tombai sur la page d'un jeune cadre du même nom que le directeur financier, un nom, bien qu'allemand, aux consonances comiques, d'où ma mémorisation . Vu l'âge, le visage et l'origine du jeune homme, peu de doutes : il devait s'agir de son fils. Ayant pris connaissance de ma visite sur sa page, le jeune clone m'envoya presque immédiatement une demande de contact afin de faire partie de son réseau d'amis. Je m'abstins de répondre. Mes mains suspendues au dessus du clavier, je détournai lentement la tête de l'écran vers la fenêtre à ma droite. Je fixai là, longuement, l'unique arbre de la cour intérieure de l'immeuble de bureau, du haut de mon nouveau poste de consultant sénior. Ses racines maigres déformaient le bitume qui entourait les cinq mètres carrés de terre d'où il poussait. Une lutte lente, à l'avenir incertain. La nuit tombait et la neige succédait à la pluie. La terre s'était changée en boue, et les dernières feuilles rousses de l'érable, en chutant, s'y engluaient.

samedi 18 octobre 2008

Ravages

(publié sur Ilys le 13/08/08)



Un cauchemar : je suis à côté d’un inconnu, sommes tous deux dans une moissonneuse-batteuse lancée à vive allure dans un champ hérissé de piques, le ciel est gris, il faut que je fasse quelque chose, je ne sais pas quoi, je sais qu’il faut que je comprenne quelque chose ou un malheur arrivera, nous allons de plus en plus vite, l’inconnu est au volant, il semble s’amuser, je vais finir par chuter sur les piques. Je me réveille. Me redresse brusquement. Je sais que quelque chose ne va pas pour de vrai. Le cauchemar est encore là, comme à côté de moi sur le lit. De la fenêtre jaillissent des flashs de lumière en continu. J’agrippe l’interrupteur de ma lampe de chevet, clique : rien. Puis le bruit. Un ronflement assourdissant. Le vent. Un vent monumental. La chambre craque, la maison craque de partout. Un orage. Une tempête comme jamais je n’en ai vu. Je me lève titube jusque dans le bureau, de la grande fenêtre j’aperçois l’énorme chêne du jardin déraciné, monstrueusement illuminé par les flashs, entre les rafales de vent et de pluie. C’est grave. Si cet arbre est tombé alors tout peut s’écrouler. Je débranche mécaniquement les appareils électriques malgré l’absence de courant à tâtons grâce au stroboscope qui me perce les yeux.. Je descends l’escalier, arrive au salon, d’en bas, c’est pire. Les arbres sont pliés en deux par le souffle. La cour est inondée. Je reste là, protégé derrière la vitre, hypnotisé, à regarder ce spectacle d’horreur. J’étais au même endroit en 1999. Ce n’était rien à coté de ça. J’imagine des maisons détruites, le pays en ruine, des gens écrasés par leur toiture pendant leur sommeil. Le plus effrayant est l’absence de tonnerre malgré les éclairs innombrables et incessants, que je n’arrive pas à localiser car ils sont partout. Je cherche maladroitement les bougies, les allumettes. Dans la cuisine le chient est terrifié. Il halète, tourne autour de mes jambes. Je le caresse, mais ça ne le calme pas. Il me fait peur. Au bout d’une heure, couché sur le canapé, je sens que ça s’estompe. Je retourne me coucher : il est 5 heures. Je me réveille à sept. Le jour se lève, je me jette vers la fenêtre : les nuages se dispersent dans la lumière bleuté de l’aube, j’aperçois les premiers dégâts : d’innombrables arbres couchées. Je m’habille et sors : les chêne est là, comme un membre arraché retenu par quelques ligaments et fibres musculaires. Le banc en bois a été littéralement pulvérisé sur place. Bizarrement quelques pots en terre et la table n’ont pas bougé. De nombreuses branches de divers provenances gisent sur la pelouse, loin de leur tronc. Je pense aux débris éparpillés d’un attentat suicide. Je me rend compte que je n’ai pas dormis plus de quatre heures au total. Y compris le cauchemar. Je suis fatigué, irrité, comme après une nuit blanche atroce. L’air est frais, je sens presque l’oxygène refroidir mon cerveau sous tension à chaque inspiration. Je vais jusqu’à la route, au croisement : en face un arbre la barre à 100 mètres, à gauche deux sapins sont effondrés. Je sais qu’à droite il en est de même. Je pense à ma famille, à ma sœur en camping dans le sud. Les lignes téléphoniques sont coupés. Il n’y pas de réseau pour le portable. Évidemment pas de courant pour les radios et télévisions. Je prend le vélo et roule à droite, slalome entre les branches, à 700 mètres un arbre a rompu une ligne électrique. Je me dis qu’aucune voiture ne peut circuler jusqu’ici depuis la civilisation. Fais demi-tour. Je prend l’appareil photo. Je pense gens hagards sortant de leurs masures rasées, vieilles femmes solitaires dans cette campagne, errant en peignoir, échevelées, égratignées, folles. Les voisins, des parisiens, sont absents. Je n’ai encore vu personne, les rares maisons aux alentours semblent vides, abandonnées, mortes . Je pense survie. En pédalant, je me demande si j’ai bien imaginé prendre un fusil quelques minutes plus tôt. Je me demande en combien de temps des bandes de pillards peuvent s’organiser. Je repense à “La route” de Mc Carthy. Suis-je un gentil ou un méchant ? Je n’en sais rien. Tout peut vaciller. Plus rien ne compte. Je prends quelques photos. Au bout d’un kilomètre je ne peux plus passer. Toutes les routes et chemins perpendiculaires à la départementale sont coupés. Statistiquement je pense que c’est au moins pareil sur les 6km à droite pour rejoindre la nationale au niveau du village et sur les dix à gauche jusqu’à l’autre départementale. Mais la nationale elle-même est bordée d’arbres. J’imagine que les pompiers doivent s’occuper en priorité des blessés, mais comment peuvent-il faire pour rouler ? Et comment les joindre ? L’endroit où j’habite ne représente aucunement une priorité. Zone immédiate de non-droit. J’aperçois des silhouettes humaines, pédale jusqu’à elles : deux jeunes de quinze ans, de milieu populaire en short et tee-shirt, ils viennent du camping, à 3km. Ils sont à pieds. Me disent que plus loin c’est pire, à cause des gros arbres. L’un deux rejoint sa mère, qu’il a réussi à appeler sur son portable, un arbre coupe l’accès à sa maison, il part le tronçonner, il y a comme une flamme de jouissance dans son regard. Zone de non-droit. Au téléphone, sa mère lui a dit au sujet de son cousin, qui est pompier “”ils ne savent pas par où commencer”. Nous parlons vite, nerveusement, sans faire de politesses, avec une certaine familiarité synthétique. Je me demande s’ils m’ont pris pour un dingue, avec mon appareil photo. Ou pour un con. Ça m’a fait du bien de parler avec des gens. J’ai bien fait de ne pas prendre de fusil. Un léger vent souffle, je ne sais si c’est la fatigue ou la lumière du matin encore faible, mais je suis vite repris par ce sentiment d’étrangeté. Je me rend compte que finalement je ne vais pas très bien, mentalement. Je prend un chemin perpendiculaire, en plein sous-bois. Bien isolé. Bien glauque. Je pense à cet autre film, cette daube de Shymalan un truc comme ça, où la nature offensée tue des humains en libérant des toxines lorsqu’ils approchent en groupe. Mais je suis seul. Et je n’en ai rien à foutre fondamentalement de la nature. Ce genre de connerie ne s’adresse qu’à ceux qui pensent que la nature est douée de raison. Paganismes de supermarché. Pourtant j’imagine que cela traduit bien les peurs et réflexes ancestraux faces aux catastrophes naturelles. Elles ont un sens, un but et un Dieu Vengeur. La différence, c’est que le Dieu chrétien ne doit pas non plus, à mon avis, trop s’inquiéter des massacres perpétuées contre la nature, mais plutôt contre la nature humaine. Enfin j’espère. Je prends encore quelques clichés puis rentre. Je n’aurais vu que les deux jeunes. Je fume une cigarette dans la cour détrempée au milieu des restes d’arbres. Je pense à la radio dans la voiture. Je me trouve con de ne pas y avoir pensé plus tôt, mais suis trop excité pour me blâmer. J’allume. On parle des JO qui vont commencer, une fille déclare, enthousiaste : “le chiffre huit qui est le chiffre porte-bonheur en Chine”…autre station, voix de femme plus âgée, fumeuse : ” et après et bien après, j’ai commencé à ..à..à me reconstruire parce que voilà on peut pas rester comme ça sur un échec”, un type acquiesce….sur une autre station : de la musique classique, qui me vrille les nerfs, j’appuie encore pour faire défiler les ondes et retombe sur le générique de la première. J’éteins. Ma cigarette c’est presque consumée sans que je m’en rende compte, je tire une dernière fois dessus. Je me dis que soit le pays est en ruines et qu’ils passent des programmes en boucle, soit seul mon département est touché. Ça me semble inconcevable. Je repense au cauchemar. J’espère que je ne suis pas encore en train de rêver. Et surtout je m’efforce de ne pas perde la boule, de ne pas partir dans un délire apocalyptique. De ne pas me laisser entrainer par un soudain changement de personnalité d’une démoniaque attirance. Je retourne me coucher après avoir mangé un peu de pain. Le chien m’a regardé étrangement. Était-il si effrayé cette nuit ? A-t-il déjà oublié ?

A midi, les tronçonneuses me réveillent. Ils s’activent partout mais je ne les vois pas, ils sont encore loin. Je suis toujours crevé, je me sens agressif. Je vois ensuite passer des engins et des camionnettes d’interventions sur la route. Elle a été dégagée à une vitesse incroyable. Le courant n’est toujours pas rétabli. Le téléphone sonne. Je fonce, je rate l’appel. Il ressonne. Tout va bien. Personne n’est mort. La tempête fut locale. Les principaux dégâts sont les lignes coupées et les petites routes impraticables sur un rayon de 20 km.

Je tourne en rond tout l’après midi. Seul. On m’amène enfin un transformateur. Il fait un bruit assourdissant. Mon contact humain repart aussitôt. Je branche le frigo et le congélo. J’éteins le transfo avant de diner, il n’a que trois heures d’autonomie avec un plein. Je retrouve un vieux chandelier, y insère trois bougies. La luminosité n’est vraiment pas terrible, je lis un peu, commence “Le génie du christianisme ” de Chateaubriand, j’ai mal aux yeux. Je me couche en espérant ne pas refaire le cauchemar. Je me dis qu’il suffit de peu pour devenir définitivement fou. Les digues sont minces.

Le lendemain je suis encore seul. Il pleut. Je n’ai rien à faire et je suis obligé de penser à des choses qu’en temps normal je laisse de côté. Diverses questions existentielles. Je ne trouve pas de réponse, mais le disque continue de tourner dans ma tête c’est l’horreur. Les minutes deviennent des heures. Je me sens vraiment triste. Une sorte de dimanche qui ne s’arrête pas. Le soir je pense à brancher une petite télé portable qui se trouve dans le grenier sur le transfo. Là encore je me trouve con de n’y avoir pensé que seulement maintenant. Je regarde les infos régionales sur la trois. Je revis. Un apaisement, une clarté dans mon esprit. Le monde tourne. Le monde continue de tourner. J’apprends que l’électricité ne sera remise que dans deux jours. Une jeune fille est morte dans un camping à Méry ès Bois suite à la chute d’un arbre. Je ne comprends pas qu’il n’y ait eu qu’un mort. C’est un miracle. Je zappe sur le JT de France deux, présenté par Françoise Laborde qui a un visage bovin et le regard comme vidé. Je tombe pile sur le reportage “me” concernant. Les dégâts, les décomptes des foyers privées d’électricité. Et puis “Une histoire incompréhensible” à propos de la jeune fille. Un camp tenu “par des religieuses” dont les encadrants étant pourtant “tous diplômés et formés”. Une affaire “inimaginable” répète la journaliste. Les parents des autres enfants semblent bouleversés. J’apprendrais plus tard que le responsable du camp, après avoir été écouté par la gendarmerie à cause “de l’enquête qui a été ouverte”, sera admis aux urgences psychiatriques, accablé par cette tragédie. La journaliste répète encore “incompréhensible”, “malgré l’alerte orange”, avant de passer à un sujet sur les JO. J’éteins. En effet je ne comprends pas. Chercher un responsable. Dieu ? Les religieuses ? Forcément, puisqu’elles y croient ! Le vent ? Intenter un procès aux éléments comme l’Eglise du moyen-age jugeait des animaux lors de procès en sorcellerie ? La tempête a été immédiate, ravageuse, rapide, et s’est déclarée à 5heures du matin après une soirée radieuse.. Personne n’est sensé ignorer Météo France et ses rigoureuses prédictions ? Personne n’est sensé sortir en cas “d’alerte orange” ? Pourtant les campings de la vingtaine d’autres départements n’ont pas été “évacués” à ce que j’imagine..Et puis je me demande ce qu’est une alerte rouge. J’ai du mal à imaginer, qu’on y ait pensé à ma place a de quoi rendre parano. Non, il faut des responsables.

Il faut faire des sacrifices humains. Pour apaiser les nouveaux Dieux.

Je ne sais vraiment pas si j’aurais fait partie des gentils ou des méchants…